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26/03/2007

Incredible India

11 juin 2002. L’équipe de France de foot perd 2 à 0 face au Danemark. Les Bleus sont éliminés du mondial asiatique. Rappelez-vous la déception d’alors. Prenez la même sensation d’échec, multipliait la par un milliard - le nombre d’habitants en Inde -, et vous comprendrez l’ambiance qui règne en Inde depuis samedi.

Après avoir perdu contre le Sri Lanka et le Bangladesh, des équipes moins bien classées, l’Inde est éliminée de la Coupe du monde de cricket. Les Bleus n’ont plus qu’à faire leurs bagages. Ils ne réitéreront donc pas l’exploit de 1983 : l’Inde s’était imposée en finale face aux Caraïbes. Ils ne prendront pas non plus leur revanche sur l’Australie : les Aussies les avaient éliminés en finale, lors de la dernière coupe du monde, en 2003.

 

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Depuis deux jours, la presse indienne redécouvre l’usage des superlatifs. « Une défaite humiliante », « Un traumatisme », « Le choc », « La honte », « Le cauchemar ». Certains chroniqueurs semblent avoir tout compris : « Le problème est que l’équipe indienne de cricket ne joue pas au cricket », résume l’un d’entre eux, dans les colonnes du Deccan Chronicle.

 

Selon le Times of India, l’ambiance était plutôt morose au lendemain de la défaite contre le Sri Lanka : « Les Bleus, les épaules tombantes et les visages mélancoliques, ont pris leur petit-déjeuner au rythme de 'Sad Songs Say So Much', d’Elton John ». Petit rappel des paroles : « Il y a des moments où nous devons tous partager la douleur. »

Le problème, c’est que les fans indiens ont une manière bien particulière d’exprimer leur douleur. On a bien sûr eu droit aux traditionnels incendies d’effigies de joueurs et au « caillassage » de leurs maisons (!). 

 

medium_patna_small.jpgÀ Patna, des femmes en colère ont pris … leurs tongues pour frapper les posters des joueurs (!).

 

 

Et pour ceux qui pensent que le cricket n’est pas un sport stressant, détrompez-vous : à Hyderabad, un supporteur est mort d’une crise cardiaque après la défaite de son équipe (!).


Mais sachez que les Indiens ne sont pas les seuls déçus. Voici l’article que vous auriez pu lire dans la presse française si les Bleus avaient fait leur petit bonhomme de chemin dans la compétition. Dur métier !


L’Inde perd la tête pour ses Bleus

Près de 2 milliards de téléspectateurs vivent, dans l’indifférence du reste du monde, sept semaines enfiévrées au rythme du cricket dont le Mondial se déroule aux Caraïbes. En Inde, l’engouement pour les Bleus, couleur de l’équipe nationale, vire à la folie.

« Imaginez la plus grande démocratie du monde, figée pendant huit heures, attendant, angoissée, le résultat de son équipe. » Le tableau décrit par Sushil Kocheta, un jeune architecte de Puna, est saisissant. En Inde, le cricket est une vraie religion, suscitant passions et excès.

Pour preuve, les réactions des supporteurs après la défaite de l’Inde contre le Bangladesh. Dans plusieurs villes du pays, ils ont brûlé les effigies des Bleus et hurlé des slogans hostiles, contraignant la police à placer les familles des joueurs sous haute sécurité. Mêmes scènes de colère au Pakistan voisin. Après leur défaite face à l’Irlande, les champions du monde 92 disent adieu à la compétition.

Au grand dam des amoureux du cricket, le Mondial caribéen ne verra donc pas s’affronter l’Inde et le Pakistan en finale. Certains attendaient pourtant ce tête-à-tête sulfureux avec impatience. « À chaque fois, la tension est forte, le suspens est à son comble. Tout le monde regarde, même ceux qui n’aiment pas ce sport », expliquait ainsi Saravanan, un employé de banque à Pondichéry, à la veille de la défaite pakistanaise. Désormais, les Indiens souhaitent un match ultime contre l’Australie, qui les a battus en finale lors de la dernière coupe du monde. « Nous attendons depuis quatre ans pour prendre notre revanche », résume A. Gilbert, membre de l’équipe nationale de cricket en salle.

« Nous ne formons plus qu’un »

Mais pour arriver jusqu’en finale, l’Inde devra faire preuve de génie, tant la compétition est ouverte cette année. Elle pourra toutefois compter sur le soutien indéfectible de certains supporteurs. « Cette fois, c’est sûr, nous allons ramener la coupe à la maison », déclare, confiant, Fahim Syed, un jeune musulman de 27 ans. Tout le pays semble rassemblé derrière son équipe. « Il n’y a plus de castes et de religions, nous ne formons plus qu’un. Qu’on soit à Mumbai, Bangalore ou dans les villages, nous avons un dénominateur commun : notre passion pour le cricket  », résume N. Tamizh Marane, le secrétaire de l’Association de cricket de Pondichéry.

Partout en Inde, quand l’équipe nationale entre en scène, le temps s’arrête. Les rues se vident. Dehors, seuls restent les fans agglutinés derrière les vitrines des magasins de télévision. « Nulle part au monde le cricket est autant regardé qu’en Inde », résume François Samuel, un Franco-pondichérien de 51 ans. Même Bollywood se prend au jeu. Par superstition, la superstar Amitabh Bachchan, décoré de la Légion d’honneur, ne regarde aucun match en direct : « Sinon, l’Inde va perdre », a-t-il déclaré aux médias indiens.

Ferveur religieuse
 
Pour aider leurs favoris, certains supporteurs sont prêts à tout. Dans un quartier résidentiel de Chennai, l’un d’entre eux a construit un temple hindou dédié aux dieux du cricket. Onze statues de Ganesh, la divinité à tête d’éléphant symbolisant la chance, vêtues de battes, de balles et de genouillères, trônent en son centre. K. R. Ramakrishna, son fondateur, a même transposé les règles de cricket en 130 vers, qu’il récite sous forme de mantras. Ailleurs, de nombreux Hindous organisent des pujas quotidiennes (bains rituels, offrandes aux dieux). « Nous voulons êtres sûrs que les dieux seront de notre côté », confie N. Tamizh Marane.

Certains se découvrent une nouvelle ferveur religieuse. « D’ordinaire, je ne vais pas au temple. Mais depuis le début de la compétition, j’ai commencé à vénérer les dieux. C’est ça la fièvre du cricket », raconte Sushil Kocheta.

D’autres font confiance aux planètes. Tel ce businessman de Chennai : « La position des astres est similaire à celle de 1983, l’année où nous sommes devenus champions du monde. » Pour les plus terre à terre, une entreprise de Mumbai a mis au point un modèle informatique permettant de prédire les résultats des matchs.

Mais l’Inde ne détient pas le monopole de la folie du cricket. Une entreprise bangladaise vient de construire la plus grande batte au monde. L’engin de 22 mètres de long fait actuellement le tour du pays pour recueillir les messages de soutien des supporteurs.
 
Complexe et un peu ennuyeux pour certains, le cricket est pour ses fans tout le contraire : à la fois tactique et vif, il allie adresse et courage. Un sport qui requiert de ses supporteurs une qualité suprême : la patience. « Quand l’Inde joue, c’est très stressant. Les matchs ne sont jamais gagnés ou perdus d’avance. Je suis angoissé pendant 7 ou 8 heures », raconte ainsi François Samuel. Pour certains, tel que N. Tamizh Marane, l’ivresse du cricket ne s’explique pas : « C’est comme l’amour ! »

©Marianne Enault

Commentaires

C'est vrai qu'il s'agit là d'un résultat d'une infinie tristesse...

Écrit par : Davo Cricket | 26/03/2007

t'inquiete ma poulette tes articles sont supers et ce n'est que partie remise! t'as eu raison de le publier sur ton blog pour que tout le monde profite de purs sujets qui des fois tiennent à un mince fil d'actualité... bisous bisous!! tiens ce matin un mec de l'ambassade d'inde à rabat m'a appelée pour vérifier qu'en tant que journaliste, j'allais bien en inde juste pour du tourisme! genre il me demandait ma carte de presse et tout... c cool je l'ai amadoué, mais noooon je vais voir ma copine à pondichéry, des vacances baba et innocentes, mais si vous voulez je vous faxe tout plein de certificats de collaboration avec untel et untel etc etc... il a dû être fatigué de mon anglais "aussie" (on rrrroule pas les rrrrrr dans le bush de benalla!!) et m'a dit "ok ok pas de probleme c'était juste pr savoir tranquille" ... ouf... en espérant que vendredi j'aurai un joli visa tout beau dans mon passeport :) bisouuuuuuuuuuuuuuuuuus

cocotte

Écrit par : cocotte | 26/03/2007

Ces histoires me fascineront toujours, encore et encore... Quelle débauche de folie (ou de passion?) J'ai même ouï dire qu'un Indien criait à qui voulait l'entendre, qu'il était prêt à vendre un rein pour se rendre aux Caraïbes, et que, si impossibilité lui était faîte d'honorer ce "pélerinage" il se suiciderait. Vu les résultats de son équipe fétiche, j'espère que ca n'était que de l'esbroufe, mais en vous lisant, j'en douterais presque (frissons...) En tout cas, chapeau pour cet article, il me donne envie de lire les précédents ;) Bonne continuation

Écrit par : ^AiR^ | 26/03/2007

ah je peux mettre ton article sur mon blog?

cordialement

Écrit par : romain blachier | 03/04/2007

Bonjour ! J'ai hâte de lire vos impressions en suite de la désignation du Nouveau Président de la République indienne. Je pense que la désignation d'une femme à ce poste suprême suscitera des commentaires de votre part ! Bien à vous.
Zoé

Écrit par : PAUCHET | 23/07/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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