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30/03/2007

La démocratie par la caste

medium_cour_suprême_small.jpgRevers pour le gouvernement indien. La Cour suprême a refusé d’augmenter le pourcentage de quotas réservés aux basses castes dans l’enseignement supérieur pour l’année scolaire à venir.

 

Les basses castes (appelées Other Backward Class - OBC) constituent 52 % de la population indienne. Actuellement, le quota réservé aux OBC dans l’enseignement supérieur et le service public est de 27 %. Sont concernés les Indian Institutes of Technology, qui forment les scientifiques et les ingénieurs, et les Indian Institutes of Management, qui forment des businessmen. Au total, 13 « grandes écoles » considérées comme « d’importance nationale » par le gouvernement indien. En Inde, la discrimination positive est inscrite dans la Constitution.


Selon la Cour suprême, augmenter les quotas ne favoriserait pas l’évolution du système de castes, chacun se réclamant d’une caste inférieure pour avoir accès à l’éducation supérieure. « Nulle part ailleurs dans le monde, des castes, des classes ou des communautés font la queue pour réclamer un statut inférieur. Nulle part ailleurs dans le monde on se bat pour prouver qu’on est inférieur à son voisin », écrit-elle dans son arrêté.

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(Dalits)

 

En revanche, la Cour Suprême a décidé d’augmenter les quotas réservés au Scheduled Castes (les intouchables ou Dalits) et aux Scheduled Tribes (les populations aborigènes). Ces populations sont en fait des populations hors castes, car elles n’appartiennent pas aux quatre castes millénaires du système hindou :

-    les brahmanes (prêtres, enseignants, professeurs)
-    les kshatriyas (rois, princes, administrateurs et soldats)
-    les vaisyas (artisans, commerçants, hommes d’affaires, agriculteurs)
-    les sudras (serviteurs)

Cette actualité résume le paradoxe indien. Modèle de démocratie pour les pays en voie de développement, l’Inde est l'héritière d'un système complexe de stratification sociale extrêmement rigide qui, de facto, façonne toujours la société.

Sur le sujet, lire L’avènement politique de la caste, par Christophe Jaffrelot, spécialiste du sous-continent.

29/03/2007

Bataille rangée au pays de l'automobile

L’Inde est devenu le nouveau terrain de jeu des constructeurs automobiles. L’enjeu est de taille : le marché est en plein boom dans le sous-continent. Au cœur de cette lutte acharnée : les petites voitures, destinées aux classes moyennes et pratiques dans un pays où les infrastructures sont loin d’être idéales (Lire cette note). Les « pots de yaourt » représentent plus des deux tiers du marché indien, qui devrait presque doubler pour atteindre deux millions d’unités d’ici 2010.


medium_logan_small.jpg Chaque jour voit donc son lot de nouveaux lancements. Ainsi, début avril, Renault mettra sur le marché, en partenariat avec l’Indien Mahindra & Mahindra, sa Logan à 7.500 euros. Objectif : produire 400.000 voitures par an d’ici sept ans.

Il faudra compter avec la concurrence de l’Américain General Motors qui devrait bientôt lancer sa Chevrolet Spark, aux alentours de 6.000 euros. Autres concurrents sérieux : l’Allemand BMW et son compatriote Volkswagen dès 2009 ainsi que les modèles chinois.

 

Mais le bouleversement du marché de l’automobile indien pourrait bien venir de l’intérieur. Mi-mars, le groupe Tata a annoncé son intention de lancer en 2008 une voiture à 1.200 euros ! De quoi donner des sueurs froides à ses concurrents.

 

medium_tata_small.jpg (Prototype du modèle à 1.200 euros)

 

Afin de réaliser son pari fou, la marque indienne va investir 180 millions d'euros dans la fabrication d'une nouvelle usine, avec 10.000 emplois à la clé. Tata a également annoncé qu’il utiliserait largement le plastique pour réduire les coûts. Le groupe a d’ores et déjà prévu de lancer le modèle hors de ses frontières. À quand la voiture à 1.200 euros dans les rues de la capitale ?

28/03/2007

L’interdiction du turban ? Les Sikhs en sont malades

Trois ans après son entrée en vigueur, la loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques fait de nouveau parler d’elle à l’étranger. En cause : la récente confirmation par la justice française de l’interdiction du port du turban sikh dans les établissements scolaires.

Ranjeet Singh, résident en France depuis quinze ans et représentant de la Sikh Coalition, a indiqué au Times of India que le dossier irait devant la Cour européenne de Justice au Luxembourg. La Commission européenne des droits de l’homme, à Strasbourg, a également été saisie de l’affaire.



medium_sikh_manif.jpgLors du vote de la loi sur les signes religieux, les Sikhs de France avaient reproché aux membres de la Commission Stasi de n’avoir auditionné que des représentants des religions catholique, juive et musulmane.

 

Oubliant ceux de la communauté sikh. Lors de la rentrée suivante, de nombreux élèves Sikhs s’étaient retrouvés exclus de leurs classes.

Aujourd’hui, le Shiromani Gurdwara Parbandhak Committee, une organisation politique sikh, dénonce le silence relatif des autorités indiennes sur le sujet et les presse d’intervenir.« Porter un turban est une part de notre religion. Quelqu’un devrait apprendre aux Français qu’être sikh et porter un turban, ce n’est pas être un terroriste », explique l’un de ses représentants.


medium_sikh_poignard.jpg Pour appuyer leur combat, les Sikhs n’ont de cesse de brandir l’exemple canadien. Le 2 mars 2006, un jugement de la Cour suprême a légalisé le port du Kirpan (le poignard sikh) dans les écoles publiques en se fondant sur la liberté religieuse garantie par la Constitution.

 

 

 

Dans le sikhisme, religion monothéiste, les fidèles doivent porter les cinq K :


-    le Kesh, cheveux et barbe non coupés en signe de sainteté
-    le Kangh, un peine utilisé pour garder les cheveux bien coiffés
-    le Kach, un pantalon ample qui permettait autrefois de ne pas être gêné pendant les combats
-    le Kara, un bracelet d’acier symbolisant l’austérité et la sobriété
-    le Kirpan, autrefois une épée, désormais un poignard.

En portant une arme, les Sikhs rappellent les nombreuses persécutions qu’ils ont subi et la nécessité de défendre la liberté religieuse contre l'obscurantisme.

 

Dans la communauté sikh, l’interdiction de porter un turban est aujourd’hui vécue comme une nouvelle persécution. Un débat intéressant au moment où nos candidats se drapent dans l'identité française. Mais quid de sa diversité ?

27/03/2007

Le "miracle" à la mode

«Miracle économique indien», réussite des familles Mittal et Tata, montée en puissance du pouvoir d’achat de la classe moyenne, développement de la Silicon Valley indienne autour de Bangalore, etc, etc.

Dans les médias français (et autres), la puissance économique indienne est à la mode. Les journalistes n’en ont que pour la réussite de ses élites et de ses industries. Relayant (involontairement ?) le volontarisme du gouvernement indien : il y a trois ans, le slogan du pays était Shining India (l’Inde qui brille), il est désormais « India poised », que l’on pourrait traduire ainsi : «l’Inde est sur orbite pour conquérir le monde».

 

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(Un mall ultra-moderne de Bangalore) 

 

Certes, l’Inde est en plein boom économique. Mais ce traitement médiatique semble se faire au mépris d’une autre réalité : l’Inde des villages, les 365 millions de personnes vivant avec moins de un dollar par jour, la violence religieuse (l’exemple du Gujarat), le système des castes, le manque d’infrastructures.

Peut-être lassé par cette lecture monolithique d’un pays aux réalités plurielles, le Business Week jette un pavé dans la mare. L’hebdo américain publie un dossier intitulé «Trouble with India» (Les difficultés de l’Inde).

 

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En couverture : cet éléphant qui se brise de toute part. Le symbole est fort. Et le message est explicite : tout n’est pas rose au pays de Gandhi.

 

 

 

 

 

 

« Les routes qui tombent en ruine, les aéroports bloqués et les pannes d’électricité quotidiennes pourraient bien faire boitiller la croissance », estime le journal. Business Week publie une longue analyse de la mauvaise situation des infrastructures indiennes. Un défi majeur pour l’Inde de demain.

Mais ce genre de papier ne fait pas recette dans la communauté indienne. Ainsi, ce blogueur mécontent de voir son pays dépeint de la sorte. Serait-il devenu politiquement incorrect de parler de l’autre réalité indienne ?

 

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(Vendeurs de fruits et légumes à Bangalore)

 

J’en ai, semble-t-il, fait l’expérience à Bangalore. Accueillie par John, un Indien issu, selon ses propres termes, de la « classe moyenne », j’ai été surprise de constater qu’il roulait en 4x4 dernier cri et prenait ses cafés au Lila’s palace, l’hôtel le plus cher de la ville. Alors qu’on traversait un quartier défavorisé, où les gens des villages alentour vendent fruits et légumes, il a eu cette petite phrase, lourde de sens : « Ne fais pas attention, ici, ce n’est pas la vraie Inde. »

 

Avez-vous le sentiment qu'on en fait trop autour du "miracle économique indien" ? 

26/03/2007

Incredible India

11 juin 2002. L’équipe de France de foot perd 2 à 0 face au Danemark. Les Bleus sont éliminés du mondial asiatique. Rappelez-vous la déception d’alors. Prenez la même sensation d’échec, multipliait la par un milliard - le nombre d’habitants en Inde -, et vous comprendrez l’ambiance qui règne en Inde depuis samedi.

Après avoir perdu contre le Sri Lanka et le Bangladesh, des équipes moins bien classées, l’Inde est éliminée de la Coupe du monde de cricket. Les Bleus n’ont plus qu’à faire leurs bagages. Ils ne réitéreront donc pas l’exploit de 1983 : l’Inde s’était imposée en finale face aux Caraïbes. Ils ne prendront pas non plus leur revanche sur l’Australie : les Aussies les avaient éliminés en finale, lors de la dernière coupe du monde, en 2003.

 

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Depuis deux jours, la presse indienne redécouvre l’usage des superlatifs. « Une défaite humiliante », « Un traumatisme », « Le choc », « La honte », « Le cauchemar ». Certains chroniqueurs semblent avoir tout compris : « Le problème est que l’équipe indienne de cricket ne joue pas au cricket », résume l’un d’entre eux, dans les colonnes du Deccan Chronicle.

 

Selon le Times of India, l’ambiance était plutôt morose au lendemain de la défaite contre le Sri Lanka : « Les Bleus, les épaules tombantes et les visages mélancoliques, ont pris leur petit-déjeuner au rythme de 'Sad Songs Say So Much', d’Elton John ». Petit rappel des paroles : « Il y a des moments où nous devons tous partager la douleur. »

Le problème, c’est que les fans indiens ont une manière bien particulière d’exprimer leur douleur. On a bien sûr eu droit aux traditionnels incendies d’effigies de joueurs et au « caillassage » de leurs maisons (!). 

 

medium_patna_small.jpgÀ Patna, des femmes en colère ont pris … leurs tongues pour frapper les posters des joueurs (!).

 

 

Et pour ceux qui pensent que le cricket n’est pas un sport stressant, détrompez-vous : à Hyderabad, un supporteur est mort d’une crise cardiaque après la défaite de son équipe (!).


Mais sachez que les Indiens ne sont pas les seuls déçus. Voici l’article que vous auriez pu lire dans la presse française si les Bleus avaient fait leur petit bonhomme de chemin dans la compétition. Dur métier !


L’Inde perd la tête pour ses Bleus

Près de 2 milliards de téléspectateurs vivent, dans l’indifférence du reste du monde, sept semaines enfiévrées au rythme du cricket dont le Mondial se déroule aux Caraïbes. En Inde, l’engouement pour les Bleus, couleur de l’équipe nationale, vire à la folie.

« Imaginez la plus grande démocratie du monde, figée pendant huit heures, attendant, angoissée, le résultat de son équipe. » Le tableau décrit par Sushil Kocheta, un jeune architecte de Puna, est saisissant. En Inde, le cricket est une vraie religion, suscitant passions et excès.

Pour preuve, les réactions des supporteurs après la défaite de l’Inde contre le Bangladesh. Dans plusieurs villes du pays, ils ont brûlé les effigies des Bleus et hurlé des slogans hostiles, contraignant la police à placer les familles des joueurs sous haute sécurité. Mêmes scènes de colère au Pakistan voisin. Après leur défaite face à l’Irlande, les champions du monde 92 disent adieu à la compétition.

Au grand dam des amoureux du cricket, le Mondial caribéen ne verra donc pas s’affronter l’Inde et le Pakistan en finale. Certains attendaient pourtant ce tête-à-tête sulfureux avec impatience. « À chaque fois, la tension est forte, le suspens est à son comble. Tout le monde regarde, même ceux qui n’aiment pas ce sport », expliquait ainsi Saravanan, un employé de banque à Pondichéry, à la veille de la défaite pakistanaise. Désormais, les Indiens souhaitent un match ultime contre l’Australie, qui les a battus en finale lors de la dernière coupe du monde. « Nous attendons depuis quatre ans pour prendre notre revanche », résume A. Gilbert, membre de l’équipe nationale de cricket en salle.

« Nous ne formons plus qu’un »

Mais pour arriver jusqu’en finale, l’Inde devra faire preuve de génie, tant la compétition est ouverte cette année. Elle pourra toutefois compter sur le soutien indéfectible de certains supporteurs. « Cette fois, c’est sûr, nous allons ramener la coupe à la maison », déclare, confiant, Fahim Syed, un jeune musulman de 27 ans. Tout le pays semble rassemblé derrière son équipe. « Il n’y a plus de castes et de religions, nous ne formons plus qu’un. Qu’on soit à Mumbai, Bangalore ou dans les villages, nous avons un dénominateur commun : notre passion pour le cricket  », résume N. Tamizh Marane, le secrétaire de l’Association de cricket de Pondichéry.

Partout en Inde, quand l’équipe nationale entre en scène, le temps s’arrête. Les rues se vident. Dehors, seuls restent les fans agglutinés derrière les vitrines des magasins de télévision. « Nulle part au monde le cricket est autant regardé qu’en Inde », résume François Samuel, un Franco-pondichérien de 51 ans. Même Bollywood se prend au jeu. Par superstition, la superstar Amitabh Bachchan, décoré de la Légion d’honneur, ne regarde aucun match en direct : « Sinon, l’Inde va perdre », a-t-il déclaré aux médias indiens.

Ferveur religieuse
 
Pour aider leurs favoris, certains supporteurs sont prêts à tout. Dans un quartier résidentiel de Chennai, l’un d’entre eux a construit un temple hindou dédié aux dieux du cricket. Onze statues de Ganesh, la divinité à tête d’éléphant symbolisant la chance, vêtues de battes, de balles et de genouillères, trônent en son centre. K. R. Ramakrishna, son fondateur, a même transposé les règles de cricket en 130 vers, qu’il récite sous forme de mantras. Ailleurs, de nombreux Hindous organisent des pujas quotidiennes (bains rituels, offrandes aux dieux). « Nous voulons êtres sûrs que les dieux seront de notre côté », confie N. Tamizh Marane.

Certains se découvrent une nouvelle ferveur religieuse. « D’ordinaire, je ne vais pas au temple. Mais depuis le début de la compétition, j’ai commencé à vénérer les dieux. C’est ça la fièvre du cricket », raconte Sushil Kocheta.

D’autres font confiance aux planètes. Tel ce businessman de Chennai : « La position des astres est similaire à celle de 1983, l’année où nous sommes devenus champions du monde. » Pour les plus terre à terre, une entreprise de Mumbai a mis au point un modèle informatique permettant de prédire les résultats des matchs.

Mais l’Inde ne détient pas le monopole de la folie du cricket. Une entreprise bangladaise vient de construire la plus grande batte au monde. L’engin de 22 mètres de long fait actuellement le tour du pays pour recueillir les messages de soutien des supporteurs.
 
Complexe et un peu ennuyeux pour certains, le cricket est pour ses fans tout le contraire : à la fois tactique et vif, il allie adresse et courage. Un sport qui requiert de ses supporteurs une qualité suprême : la patience. « Quand l’Inde joue, c’est très stressant. Les matchs ne sont jamais gagnés ou perdus d’avance. Je suis angoissé pendant 7 ou 8 heures », raconte ainsi François Samuel. Pour certains, tel que N. Tamizh Marane, l’ivresse du cricket ne s’explique pas : « C’est comme l’amour ! »

©Marianne Enault

23/03/2007

Amour, cricket et homicide

medium_bob_woolmer_small.jpgCette fois, c’est sûr : Bob Woolmer, l’entraîneur anglais de l’équipe pakistanaise de cricket, a été étranglé. L’information a été confirmée vendredi par la police jamaïquaine. Une enquête pour homicide a été ouverte.

 

 

Depuis dimanche, date à laquelle le coach a été retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel de Kingston, les rumeurs allaient bon train.


Logique : son décès est intervenu au lendemain de l’élimination de l’équipe pakistanaise du Mondial 2007, après un match perdu contre la petite équipe irlandaise. Cette élimination surprise avait d’ailleurs suscité la colère des supporteurs pakistanais.

 

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Des dizaines d’entre eux étaient descendus dans les rues du pays pour brûler les effigies des joueurs.

 

 

 

Certains réclamant même la tête de Bob Woolmer. Et pas vraiment au sens figuré.


Dans un premier temps, ses proches avaient évoqué l’état de santé fragile de l’entraîneur, âgé de 58 ans et diabétique. Dans les couloirs du Mondial caribéen, on parlait alors de crise cardiaque. Plusieurs médecins avaient alors pris leurs plumes dans les journaux indiens et pakistanais pour expliquer le lien de cause à effet entre le stress de la compétition et la crise cardiaque. Une hypothèse accréditée par les déclarations de Bob Woolmer, le soir de la défaite contre l’Irlande : « Jouer sur le plan international peut vous tuer, avec ces voyages incessants et la vie en continu dans les chambres d'hôtel. »

 

Mais depuis deux jours, et l’annonce par la police jamaïquaine de doutes quant à la mort naturelle du coach, les spéculations médiatiques ont pris de l'ampleur.


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Certains journaux s’interrogent sur la responsabilité de Dawood Ibrahim, ex-patron de la mafia indienne, aujourd’hui réfugié au Pakistan.

 

 

 

 

 

C’est Babloo Shrivastava, un homme d’affaires indien, condamné à la prison à vie en juillet pour le meurtre d’un autre homme d’affaires, qui a lancé en premier cette rumeur. Selon lui, Dawood Ibrahim aurait parié 400 millions de roupies (près de 7 millions d’euros) sur l’équipe pakistanaise. Déçu de voir ses favoris éliminés au premier tour, il aurait alors demandé à ses sbires d’assassiner l’entraîneur. D’autres parlent d'un geste fou d’un supporteur pakistanais.

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Mercredi, un ancien joueur Pakistanais a lancé une autre rumeur. Selon Sarfraz Nawaz Malik, des bookmakers auraient parié beaucoup d’argent sur la défaite du Pakistan. Cinq joueurs de l’équipe auraient alors été achetés pour faire perdre leur pays. Sarfraz Nawaz Malik affirme que Bob Woolmer était en train d’écrire un livre qui contenait des révélations fracassantes sur ce trafic. On l’aurait donc tué pour le faire taire. Un remake un peu sanglant de l’affaire VA-OM.

Pour ajouter à la confusion, les médias ont enquêté sur l’hôtel Pegasus de Kingston, où a été retrouvé Bob Woolmer : depuis deux ans, deux personnes ont été tuées : un steward d’Air Jamaïque en janvier 2005 et un Américain en décembre 2005.

Ironie de l’histoire, la mort de Bob Woolmer a fait de lui un héros au Pakistan. Le président Pervez Musharraf a d’ores et déjà annoncé qu’il recevrait la décoration posthume du Sitara-e-Imtiaz, « l’étoile d’excellence », pour sa contribution au sport pakistanais.

 

Pour en savoir plus :


Lire le dossier spécial du Times of India. 

Voir la vidéo de l'annonce de la police jamaïquaine.

22/03/2007

Petite histoire mexicaine

Les passagers du Bangkok-Delhi en ont été quittes pour une belle frayeur hier soir. Leur avion a atterri en urgence sur l’aéroport international Netaji Subhas Chandra Bose de Calcutta. Motif ? Un passager menaçait de faire sauter l’avion en plein air.

Eduardo Antonio, un Mexicain de 47 ans, était en état d’ébriété et s’est montré violent avec l’équipage et les passagers dès le début du vol. Quand les stewards ont voulu le calmer, il a crié : « Ne me touchez pas, sinon je fais exploser la bombe. » Alertés par les membres d’équipage, le pilote a aussitôt demandé l’autorisation aux autorités aériennes de procéder à un atterrissage d’urgence.

 

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L’avion s’est posé vers 3 heures du matin. Des commandos du GIGN indien étaient sur place. Ils sont entrés dans l’avion et ont immobilisé le forcené, l’attachant à son siège. Après inspection, aucune bombe n’a été trouvée sur lui ni dans l’avion.

medium_affiche_small.2.jpg Plus de peur que de mal, donc. Mais ce qui est intéressant, c’est l’analyse qu’en fait la presse indienne ce matin. Ainsi, pour le Times of India, l’acte désespéré de cet homme est le « syndrome du Desperado », le thriller de Robert Rodriguez réalisé en 1995.

 

 

 

Dans ce film, El Mariachi, guitariste à la gâchette facile, parcourt le pays pour venger sa bien-aimée, abattue par un trafiquant de drogue. Sa route est jonchée des cadavres de ceux qui ont tenté de l'arrêter.

Conclusion du quotidien : « La seule différence est qu’Eduardo Antonio n’a pas le charisme d’El Mariachi. Il s’agit juste d’un homme ivre qui a fait la tournée des bars avant d’embarquer à bord de l’avion. »

Une info sans grande importance mais qui donne une idée de la vision qu’ont les Indiens des Mexicains. Tous des desperados alcooliques ? Pour la petite histoire, l’apprenti terroriste risque dix ans d’emprisonnement.

21/03/2007

Menaces sur le Gange

« Le Gange est en train de mourir », s’alerte mercredi le Times of India. À l’origine de cette inquiétude : un rapport publié par le Fonds mondial pour la nature (WWF). L’organisation vient d’établir une liste des dix fleuves menacés par le réchauffement climatique dans le monde. Cinq sont en Asie.

 

La pollution, le pompage excessif de l’eau, la mauvaise planification et la protection inadaptée des zones naturelles menacent de mettre complètement à sec ce fleuve mythique qui fait vivre un habitant sur 12 sur la planète !

 

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Autre défi : le réchauffement climatique. « L’eau en provenance des glaciers himalayens représente 30 à 40 % de l’eau du Gange. Dans le cas de l’Indus, ce chiffre monte jusqu’à 70-80 %. Il faut donc étudier l’impact de la fonte des glaces sur ses fleuves », explique Sejal Worah, l’un des directeurs de WWF.

 

Le Gange est l’un des sept fleuves sacrés du pays. « De sa source à la mer, des temps anciens à aujourd’hui, le Gange est l’histoire de la civilisation indienne », avait l’habitude de dire Nehru, père de l’indépendance indienne.



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Tout au long de ses 3.000 km, les Hindous se lavent dans le Gange. Une immersion censée laver le croyant de ses pêchés. Il est aussi le théâtre de nombreuses cérémonies mortuaires : la dispersion des cendres dans le fleuve apporte une meilleure vie future.

 

Elle permet parfois d’atteindre plus tôt la moksha (la délivrance, en sanskrit), c'est-à-dire la libération finale de l’âme individuelle. Plusieurs sites sacrés hindous se trouvent ainsi le long des rives du Gange, comme Haridwar et Varanasi (Bénarès).



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Chaque jour, le Gange reçoit en moyenne les restes de quelque 475 cadavres humains ainsi que les 1.800 tonnes de bois utilisées pour les crémations. A cela viennent s’ajouter les 10.000 carcasses d'animaux qui y sont abandonnées.

 

 

Et comme si ce n’était pas suffisant, New Delhi déverse quotidiennement dans la Yamuna, l’un des affluents du Gange, 250 millions de litres d'eaux usées et 20 millions de litres de déchets industriels qui finiront par se déverser dans le fleuve sacré.

Le Gange possède cependant d’étonnantes capacités d'autodépollution : il profite en fait d'une oxygénation dix à vingt fois supérieure à n'importe quel autre cours d'eau dans le monde. Il élimine ainsi quelque 80 % de la pollution organique en 2 km et 30 minutes grâce aux bactéries. Mais aujourd’hui, ses capacités naturelles sont insuffisantes.

La préservation de ce fleuve sacré est l’une des préoccupations principales des autorités indiennes. En 1985, il a été proclamé « héritage national » et une Autorité centrale du Gange a été fondée. Diverses méthodes ont alors été mises en place pour aider à sa dépollution : installation de stations d’épuration et leur raccordement à des centaines de kilomètres d’égouts, construction de milliers de toilettes publiques et de crématoires électriques. Mais ces installations ne sont guère utilisées.

 

Ces dernières années, le gouvernement a procédé à des lâchers de milliers de tortues nécrophages afin qu’elles puissent dévorer les cadavres insuffisamment brûlés. Mais les reptiles ont été capturés et consommés par les riverains !

20/03/2007

Messieurs, passez votre chemin !

Après Dubai, Moscou et Téhéran, Mumbai cède à la mode du taxi féminin. Depuis une semaine, une flotte de taxis réservés aux clientes femmes roulent à Mumbai. Particularité de ce nouveau service : les conducteurs sont des conductrices.

 

medium_taxi_mumbai_small.jpgCes taxis sont facilement reconnaissables : au lieu du traditionnel habillage jaune et noir, les taxis féminins sont blanc et argent. Ils arborent le logo Forsche, mélange subtil entre le nom d'un célèbre constructeur automobile allemand et l'expression anglaise «for she» (pour elle).

 

 

 

À l’intérieur de la voiture, tout est prévu pour que les clientes se sentent bien : grands miroirs, maquillage et porte-revues.

 

Ravathi Roy, ancienne pilote de rallye amateur, est à l’origine du projet. Son but ? Protéger les femmes des regards déplacés et des agressions. Dans la capitale économique, de nombreuses femmes sont amenées à voyager seules, rompant ainsi avec le rôle traditionnel de la femme. « De nombreuses femmes détestent qu'un chauffeur de taxi les reluque dans le rétroviseur », souligne Ravathi Roy. Seuls clients masculins autorisés dans les « Forsche », les enfants de moins de 12 ans. Ravathi Roy prévoit de développer ce genre de service dans d’autres villes du pays.

 

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En Europe, les Anglais s’y sont mis depuis un an. Dans la capitale, on trouve les « Pink Ladies Cabs ». Difficile de les ignorer : de couleur rose, ces taxis réservés aux femmes sont aussi conduits par des femmes.

 

 

 

 

 

 

medium_brésil_taxi_small.jpgAu Brésil, la règle s’applique aux métros. Un adhésif rose sur une voiture de métro ou des trains de banlieue de Rio signifie que le wagon est réservé aux femmes.

 

Objectif : éviter le harcèlement sexuel et les attouchements indélicats quand les métros sont bondés.

 

Dans la ville de Goiania, la mairie va mettre en place un service de bus uniquement féminin. « Les jolies femmes de Goiania subissent constamment des intimidations sexuelles dans nos bus bondés. Les hommes ne semblent pas pouvoir se contrôler », a expliqué l’élu local Mauricio Beraldo, à l’origine du projet.

À Téhéran, on craint moins les agressions que la promiscuité entre les deux sexes dans les taxis collectifs. La flotte de taxis « The Ladies’ Safe Trips » a été lancée au début d’année.


Quant à savoir si tout ça représente ou non un progrès, je me pose la question. Le débat est ouvert !

19/03/2007

Une histoire de genre

medium_portrait_eunuque_small.jpgSamedi, le Tamil Nadu était le théâtre de rassemblements peu ordinaires. A travers tout l’Etat, des centaines d’Aravanis tenaient meeting. Traditionnellement, les Aravanis, également appelés hijra, sont en fait des eunuques.

 

 

Mais ces dernières années, les transsexuels et les intersexués (dont le sexe est difficile à déterminer) ont également été ‘rangés’ dans cette catégorie par les autorités indiennes.


Ce type de rassemblement, appelé Aravanigal Dinnam (« La journée des transgenres »), est organisé depuis trois ans par l’association Initiative anti-sida (TAI) et l’ONG Voluntary Health Service. Objectif : faire en sorte que ces personnes soient mieux acceptées dans la société indienne. Les organisateurs souhaitent notamment attirer l’attention des pouvoirs publics sur la vulnérabilité des Aravanis, souvent condamnés à la prostitution et premières victimes du sida.

 

Dans l’histoire indienne, les eunuques ont toujours occupé une position particulière dans la société, à la fois craints et respectés. Autrefois, ils étaient invités lors des mariages ou des naissances, pour donner leur bénédiction. Mais aujourd’hui, la population craint qu’ils n’attirent le mauvais œil. La légende veut que voir les parties génitales d’un eunuque, ou plutôt l’absence de celles-ci, porte malheur. Certains en profitent : ils font la quête dans les trains, menaçant les voyageurs de soulever leurs saris s’ils ne s’acquittent pas de quelques roupies.

 
medium_eunuques_plan_large_small.jpg Début mai, les Aravanis se réuniront à nouveau pour célébrer le festival de Koovagam, un village situé à 2 heures de Pondichéry. Ce paisible village de 1.000 habitants verra alors défiler 100.000 personnes qui viennent revivre un épisode du Mahabharata, épopée sanskrite de la mythologie hindoue.

Voici l’histoire : un conflit oppose les royaumes Kaurava et Pandava. Ces derniers décident de sacrifier un de leur fils, Aravan, à la déesse Kali afin de remporter la victoire. Aravan accepte à la condition de connaître les plaisirs de la chair en compagnie d’une épouse. Toutes les femmes refusent le mariage, connaissant l’issue funeste qui attend l’héritier des Pandavas. Le dieu Krishna se transforme alors en femme, convole avec Aravan, qui dès le lendemain est tué.

Lors de ce festival, les Aravanis se rendent au temple pour s’unir à Aravan. Là, tous passent un tali autour du cou, cordon qui symbolise le mariage hindou. Cette union donnent lieu à de grandes scènes de liesse, tout le monde chante et tape des mains. Mais quelques instants après, la joie disparaît, remplacée par un concert de pleurs. Aravan a été sacrifié : les Aravanis sont désormais veuves. Elles cassent alors leur tali et se drapent ensuite dans des saris blancs, signe de deuil. Une cérémonie millénaire…

 
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