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13/04/2007

Des histoires de «une»

Violences, immigration, délinquance… l’actualité française tourne souvent autour des mêmes thèmes. À chaque pays, ses thèmes de prédilection. Ses sujets de préoccupation. En Inde, les journaux font souvent leur « une » sur des histoires de respect et d’irrespect. De morale publique et de moeurs. De scandale et de censure. un industriel pas assez nationaliste. Ici, un ministre qui part en croisade contre les défilés de mode.

 

Sur ce blog, je m’en suis souvent fait l’écho. Non que je porte un intérêt particulier à ce genre d’histoires. Mais elles m’intéressent pour ce qu’elle révèlent du pays. Reflètent-elles les vraies préoccupations des Indiens ou uniquement celles des médias ? La question peut être posée. Mais les médias sont souvent le reflet de la société. En l’occurrence, une société indienne plutôt conservatrice.

 

Dernier exemple en date : le tatouage de Mandira Bedi. L’actrice bollywoodienne a récemment participé à une soirée dansante, exhibant fièrement sa nuque ornée d’une représentation du Eik Omkar, un symbole religieux sikh.

 

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Le Shiromani Gurdwara Parbandhak Committee (SGPC,organisation sikh) est aussitôt monté au créneau. Expliquant que la communauté sikh avait été « profondément blessée » par l’attitude de l’actrice, le SGPC a exigé des excuses publiques. « Porter ce symbole religieux est un signe d’immense irrespect à la religion sikh », a déclaré son responsable, précisant que ce n’était la première fois que cette « demi-actrice » s’en prenait à la communauté sikh.

 

Et quand on est en colère en Inde, on brûle des effigies. Les jeunes activistes du Shiromani Youth Akali Dal ont mis le feu à des posters et autres pantins ressemblant à la star. « Ek Omkar est le symbole de la naissance de la religion sikh. S’afficher avec ce symbole en dansant vulgairement est mal », a expliqué leur vice-président.

medium_mandira_maxim_small.jpgL’actrice, également présentatrice vedette de cricket, n’en est pas à son premier coup d’éclat. Elle est souvent critiquée pour ses tenues vestimentaires (tops sans bretelle, mini-jupes, etc). Elle a récemment fait scandale en posant, dénudée, en couverture de Maxim.

11/04/2007

Polémique musicale

Le Bill Gates indien est dans un sale pétrin. Narayana Murthy, à la tête d'Infosys, l’une des plus grosses boîtes de software en Inde, manquerait de...ferveur nationale. Un défaut gênant pour celui dont le nom figure sur la liste des potentiels futurs présidents de la République indienne.

 

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La scène se passe dimanche sur le site de Infosys à Mysore, Karnataka. Une cérémonie est organisée à l’occasion de la visite du président de la République, le Dr Abdul Kalam. Le protocole est respecté : l’hymne national ouvre les festivités. À la grande surprise des invités, le Jana-Gana-Mana (« Tu es le Seigneur des Esprits de tout le monde ») est diffusé en version instrumentale (écouter). Ce qui n’arrive quasiment jamais. La qualité de la bande sonore est médiocre. Les invités sont surpris et articulent à peine les paroles du chant national.

 

A la fin de la cérémonie, les médias prennent à parti Narayana Murthy. « Parmi les 5.000 employés réunis, vous n’avez pas trouvé un petit groupe capable de chanter correctement l’hymne national et ainsi de faire honneur au président de la République ? », s’étonne le Deccan Herald. Réponse de l’intéressé : « Nous avions prévu de faire chanter cinq personnes mais finalement nous avons annulé. Nous avons pensé que les étrangers (qui travaillent pour l’entreprise, ndlr) auraient pu se sentir gênés si nous avions tous chanté les paroles. »

 

Le gouvernement du Karnataka a vu rouge. Les élus BJP (Bharatiya Janata Party, parti nationaliste hindou) ont évoqué la question lors d’une session de l’Assemblée du Karnataka. Il faut dire que Narayana Murthy est déjà dans leur ligne de mire : il est accusé de ne pas embaucher assez de travailleurs locaux dans son entreprise. Ils lui reprochent aussi sa position sur la langue locale, le kannada. Le PDG a en effet maintes fois expliqué que l’anglais devait être enseigné dans les écoles rurales, pour permettre aux enfants de « participer à l’économie mondiale ».

Les journaux ont relayé la polémique. Des dizaines de lecteurs ont envoyé des courriers aux rédactions. L’un d’entre eux écrit : « S’il a honte de l’hymne national, il n’a aucune place dans le cœur des Indiens. »

Mardi, l’homme d’affaires est enfin sorti de son silence, expliquant que l’extrait de sa citation publiée dans les médias avait été « mal interprété ». Il a ensuite présenté des excuses publiques et s’est dit « désolé » que ses propos aient offensé certaines personnes. Il a ensuite expliqué avoir choisi de diffuser la version instrumentale de l’hymne afin que chacun se sente « libre de le chanter ». Le PDG a ensuite rappelé sa « fierté d’être Indien ». Cela sera-t-il suffisant pour briguer la magistrature suprême ? Réponse en juin.

10/04/2007

Une fatwa pour une accolade

medium_Nilofar_small.JPGAu Pakistan, on ne rigole pas avec les démonstrations affectives en public. Surtout quand on est ministre. Le tribunal islamique de Lal Masjid (La Mosquée Rouge) vient de lancer une fatwa contre la ministre du Tourisme, Nilofar Bakthiar.

 

 

Motif ? Elle aurait posé de « manière obscène » sur des photos avec des parachutistes français.

En fait, la ministre a simplement donné l’accolade au parachutiste normand avec qui elle venait d’effectuer son baptême de l’air. Mais pour les islamistes radicaux de Lal Masjid, c’est l’accolade de trop. « L’attitude de la ministre a jeté l’opprobre sur la nation pakistanaise et sur toute la communauté musulmane », peut-on lire dans le texte de la fatwa, que se sont procurés les journaux indiens

 

« Les muftis de Lal Masjid appellent le gouvernement à la punir et à la renvoyer du cabinet », explique le frère de l’imam de la mosquée, le mollah Abdul-Rashid Ghazi, avant de rappeler que le Coran ne tolère pas ce genre de démonstration entre une femme musulmane et un non-musulman.

Certains partis politiques ont également crié au scandale. La plateforme Muttahida Majlis-e-Amal, une alliance de partis de droite d’opposition, a déposé une motion de censure à l’Assemblée nationale, estimant qu’il s’agissait d’un acte « allant à l’encontre de l’Islam ».

Réagissant à la polémique, Nilofar Bakhtiar a jugé cette affaire « regrettable » et expliqué qu’elle avait participé à cet exercice pour trouver des fonds en faveur des enfants victimes du séisme d’octobre 2005, qui avait fait plus de 73.000 morts dans le nord du Pakistan. « Je n’ai absolument pas honte de ce que j’ai fait et je n’ai peur de personne sauf de Dieu », a-t-elle déclaré à la presse.

Le tribunal islamique de Lal Masjid a été créé illégalement vendredi dernier. L’imam de la mosquée avait alors menacé les autorités d’attentats-suicide si elles s'opposaient à cette création. Depuis quelques semaines, les islamistes de la Mosquée Rouge ont entrepris une campagne de « moralisation » de leur quartier.

 

Le président pakistanais, Pervez Musharraf, a d'ores et déjà affirmé qu’il ne laisserait pas les islamistes prendre la justice en main. La presse pakistanaise et les associations de défense des droits de la femme dénoncent pourtant l’inaction des autorités face à la « talibanisation » de la société.

09/04/2007

Les gourous indiens s'exportent bien

medium_Sri_Sri_Ravi_Shankar_small.jpgLes gourous indiens sont à la mode. Pour preuve, le 3 avril dernier, le maire de la Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, a proclamé l’instauration d’une journée dédiée à Sri Sri Ravi Shankar. Motif invoqué ? «Services rendus à l’humanité». Ce jour-là, plus de 1.500 habitants de la Nouvelle-Orléans assistaient à une séance de méditation à ciel ouvert.

 

Depuis 1982, Sri Sri Ravi Shankar dirige le mouvement hindouiste L’Art de vivre. Il compte près de 2 millions d’adeptes dans plus de 130 pays. Pas grand chose au regard des 30 millions de fidèles de Sai Baba. Mais la différence (essentielle) est qu’aucune dérive sectaire n’a semble-t-il été constatée jusqu’à présent. Le mouvement, qui mène des projets humanitaires à travers la planète, a même été reconnu par les Nations unies

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Il faut dire que l’homme, au contraire de son acolyte, ne prétend pas réaliser des miracles. Il propose des outils pratiques pour « gérer le stress, améliorer la santé et mener une vie quotidienne plus accomplie ». Le mouvement est basé sur la connaissance ancestrale du pranayama, la science de la respiration. "C'est le droit inné de tout être humain de vivre
dans un corps libre de toute maladie
et un esprit libre de stress.
Cependant nulle part, ni à l'école, ni à la maison, 
on ne nous a appris à gérer nos émotions négatives », explique ainsi le gourou.

06/04/2007

La Cour suprême marche sur des oeufs

Les tribunaux islamiques vont-ils disparaître en Inde ? Possible. Jeudi, la Cour suprême a remis en question l’existence de ce système judiciaire parallèle, en acceptant une plainte déposée par un collectif d’avocats.

Vishwa Lochan Madan, à la tête de ce collectif, estime que l’existence des tribunaux islamiques représente une menace pour l’unité du système judiciaire indien. Il dénonce notamment l’existence de fatwas. Ces dernières années, le sujet est souvent revenu devant la Cour suprême. Mais c’est la première fois que les sages décident d’examiner plus en détail la plainte.

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La décision de la Cour suprême a provoqué la colère du All-India Muslim Personal Law Board, une organisation musulmane dont le but est de protéger l’application du droit musulman. De nombreux tribunaux islamiques sont présents dans différentes Etats, a rappelé l’organisation, insistant sur le fait que chacun avait droit à l’application de son statut personnel.

Si la Constitution prévoit l’unité du système judiciaire, dans les faits, chaque religion est régie selon ses propres règles. Ainsi, le droit civil est différent selon qu’on soit chrétien, hindou, musulman, sikh ou bouddhiste.

Les musulmans indiens sont ainsi régis par la loi islamique (charia) depuis 1937 et l’entrée en vigueur du Muslim Personal Law Application Act. La charia (« le chemin pour respecter la Loi de dieu » en arabe), est un ensemble de règles de conduite applicables aux musulmans.

La loi islamique prévoit ainsi le fouet pour les rapports sexuels hors mariage et la consommation d'alcool. Le banditisme et le vol à main armée sont punis par l'amputation simultanée de la main droite et du pied gauche. Si le vol est accompagné de meurtre, il est sanctionné par la décapitation. La peine de mort est prévue en cas d'abandon de la religion musulmane par un musulman. Elle est aussi prévue en cas de rébellion ou d'insurrection.

 

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Le sujet est très sensible : l'Islam, avec environ 150 millions de fidèles (13,7% de la population Indienne), fait de l'Inde, le troisième pays musulman au monde après l'Indonésie et le Pakistan.

05/04/2007

Des téléphones un peu trop hot

medium_tel_small.jpgDurant un contrôle de routine au Burma Bazaar, la police de Chennai a découvert la dernière technique à la mode chez les collégiens pour regarder des films pornographiques : acheter des cartes mémoire de téléphone portable débordant d’images sexy.

Le cerveau du trafic est un homme âgé de 28 ans. Le système est simple : l’homme achetait des cartes mémoires sur lesquelles il téléchargeait des centaines d’heures de films pornos. Les jeunes n’avaient plus qu’à acheter ses cartes et à les insérer dans leurs téléphones pour regarder les vidéos. « Les collégiens étaient nombreux à acheter ces cartes mémoire. Ils regardaient les images entre copains ou pendant les cours », raconte le Deccan Chronicle.

 

medium_bazar_small.jpg(Le Burma Bazaar de Chennai)

L’arrestation du jeune homme a permis de saisir 2.230 films pirates, dont de nombreux films X. Le montant de la saisie s’élèverait à 1,7 million de roupies, soit 29.489 euros.

Dans un pays où les films roses n’ont pas droit de cité à la télévision, il n’est pas surprenant que de tels trafics se mettent en place.

 

medium_ministre_small.jpgPas plus tard qu’hier, le ministre de l’information, Priya Ranjan Dasmunsi, a de nouveau sévi.

 

 

Fashion TV est menacée de suspension de diffusion pour « manquement au bon goût et à la décence ». En cause ? Les défilés de mode qui présentent des « mannequins à moitié nus », selon le ministre. En janvier, il avait déjà suspendu pour quelques semaines la chaîne AXN pour avoir diffusé un tour du monde des publicités les plus sexy.

Sur la censure à la télévision indienne, lire le dossier du Times of India.

04/04/2007

Le tsunami donne des idées à Bollywood

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De « San Francisco » en 1936 au « Jour d’après » en 2004, en passant par « La Tour infernale », « Twister » et le « Pic de Dante », les catastrophes naturelles ont toujours inspiré les réalisateurs.

 

 

 

 

Quid d’un film sur le tsunami du 26 décembre 2004 ? 230.000 victimes, 1,5 million de réfugiés, cinq pays touchés, des centaines d’heures d’images tournées par des vidéastes amateurs. De quoi donner des idées aux réalisateurs.

Pourtant, jusqu’à présent, seule la télévision américaine s’y est intéressée. Fin 2006, HBO a diffusé un téléfilm en deux parties, « Tsunami, The Aftermath », avec Tim Roth.

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Le réalisateur américain Michael Patwin a quant à lui dans ses cartons le projet de tourner « Hereafter ». Mais le tournage est sans cesse repoussé depuis deux ans. Le film doit raconter l’histoire d’un Américain qui a marché pieds nus sur 100 km pour retrouver sa femme et ses enfants après le passage de la vague meurtrière.

 La production a promis que la majeure partie des recettes générées par le film seraient reversées aux victimes.

medium_poissons_small.jpgCette semaine, Bollywood a annoncé son intention de combler ce vide. Le réalisateur indien Ujjal Chatterjee va tourner « Tsunami », avec, dans les rôles principaux, les très Bollywoodiens Aamir Khan et Rani Mukherjee.

 

 

 

 

 

Rappelons que l’Inde a également été victime de la catastrophe : près de 10.000 personnes sont mortes au Tamil Nadu et dans les îles Andaman et Nicobar.

 

Le film de Chatterjee devrait raconter deux histoires : celle d’un prêtre venant en aide aux sans-abri et celle d’un géologue qui va retrouver sa femme vivante après le tsunami. « Les changements climatiques et les catastrophes naturelles, comme le tsunami, ont frappé les esprits. Ce sont donc des sujets de cinéma appropriés », a indiqué le réalisateur. Le tournage devrait avoir lieu prochainement dans le sud de l’Inde, ainsi qu’à Bali (Indonésie) et à Phuket (Thaïlande). Comme d’habitude, on peut compter sur Bollywood pour rajouter une bonne dose de mélodrame glamour.

03/04/2007

Des services très secrets

Quand un Pakistanais publie un livre sur un sujet sensible - les services secrets indiens -, malheur aux lecteurs indiens qui auraient envie d’y jeter un coup d’œil. À Calcutta, l’un d’entre eux a actuellement de sérieux ennuis avec le département des douanes pour avoir acheté ce livre sur Internet. Motif ? « Le livre incite à conspirer contre le gouvernement indien ».

medium_book_small.jpgL’ouvrage en question s’appelle RAW : Research and Analysis Wing, du nom des services secrets indiens créés en 1965, après la séparation Inde-Pakistan. L’auteur, Tariq Ismail Sagar, dont les romans écrits en ourdou sont très populaires, a rencontré à Londres un ancien agent du RAW qui lui a confié quelques secrets.

 

 

Parmi lesquels, cette information étonnante : l’agence indienne de renseignements extérieurs serait beaucoup plus puissante et efficace que le Mossad (services israéliens) et le KGB (ex-services russes).

Le contenu est un peu trop sensible pour les autorités indiennes. Notamment le chapitre intitulé « Les cartes des camps d’entraînement terroristes en Inde ». L’auteur rapporte également les accusations de violence et de cruauté formulées à l’encontre des services secrets indiens. « Ces informations sont difficiles à croire. L’auteur était lui-même sceptique au début mais selon lui, l’ex-agent lui a donné des preuves irréfutables de ses dires. Tariq Ismail Sagar s’est alors dit qu’il devait absolument informer ses lecteurs des agissements du RAW », explique le Times of India.


Le département des douanes envisage de saisir l’ouvrage pour « violation de l’article 11 de la législation sur les douanes de 1962 ». Cet article interdit tout ce qui peut inciter à la violence et au sabotage, aux actes destinés à renverser un gouvernement établi ou au meurtre. Le département évoque également une autre loi selon laquelle les journaux, les livres et tout autres documents qui peuvent « miner les relations amicales de l’Inde avec des pays étrangers » sont interdits. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement indien manie la censure. Lire ici et .

L’acheteur pourrait être poursuivi. « C’est un site Internet légal. Quand j’ai lu le résumé, j’étais curieux de savoir ce qu’un auteur pakistanais pouvait écrire sur le RAW », s’est-il justifié : « Le livre n’était pas interdit. Si des gens au Pakistan et dans le monde entier peuvent le lire, pourquoi pas moi ? » Ce à quoi le département des douanes a répondu : « La pornographie est également disponible sur Internet. Est-ce qu’il faut pour autant acheter des photos pornos ? Non ». Un argument imparable dans un pays puritain.

02/04/2007

La démocratie par la caste (bis)

Pas plus tard que vendredi, j’évoquais sur ce blog une société indienne, figée par l’existence des castes. C’était sans compter la volonté de certains de faire voler en éclats ce système millénaire. À Coimbatore, dans le Tamil Nadu, 100 mariages inter-castes sont célébrés chaque année. Une petite révolution dans cet Etat conservateur.

Devenus parents, ces couples ont lancé une mode : baptiser leurs enfants d’un prénom « révolutionnaire », qui ne fait ni référence à la caste ni à la religion. En Inde, les noms et prénoms permettent en effet de savoir immédiatement l’appartenance sociale et religieuse de l’individu.

Ainsi, Russia et Arivukadal viennent d’appeler leur nouveau-né Cuba. « Ils ont choisi de l’appeler Cuba car c’est une île révolutionnaire et anti-impérialiste », a expliqué le grand-père de l’enfant. « Ces noms peuvent paraître étranges, mais ils ont été donnés pour faire évoluer les mentalités. Un nom n’est qu’une identité. Il ne doit pas indiquer la caste d’un individu », explique K. Ramakrishnan, le secrétaire général du parti Periyar Dravidar Kazhagam (PDK).

 

Depuis plusieurs années, le PDK, un parti politique du Sud indien dont l’un des objectifs est d’en finir avec l’intouchabilité, encourage les mariages inter-castes. « Comme la différence de caste est l’une des barrières principales à ce genre de mariage, les couples choisissent pour leurs enfants des prénoms qui n’ont aucun rapport avec une caste ou une communauté », explique K. Ramakrishnan. Selon le secrétaire général, le nombre de mariages inter-castes à Coimbatore aurait augmenté de 25 % en 2006 par rapport à l’année précédente.

Parmi ces couples, certains ont choisi d’appeler leurs enfants Vietnam, Jakarta, Malaisie ou Manille. « Ces prénoms symbolisent la liberté et l’indépendance de ces enfants par rapport au système de castes », expliquent M. Pughazendi et Mme Manimegalai, les parents de la petite Manille.

Pour le secrétaire du PDK, il n’y a rien de bizarre à choisir un nom de pays pour prénom : « Il y a bien des gens qui appellent leurs enfants Chidambaram ou Tirupathi (des villes indiennes) ou qui les affublent des noms des personnages épiques hindous. »

Mais cela amène parfois à des situations cocasses. Ainsi, quand Vietnam a voulu s’inscrire sur les listes électorales, le fonctionnaire l’a regardé de haut : « Je t’ai demandé d’écrire ton nom et pas d’où tu viens ! »

30/03/2007

La démocratie par la caste

medium_cour_suprême_small.jpgRevers pour le gouvernement indien. La Cour suprême a refusé d’augmenter le pourcentage de quotas réservés aux basses castes dans l’enseignement supérieur pour l’année scolaire à venir.

 

Les basses castes (appelées Other Backward Class - OBC) constituent 52 % de la population indienne. Actuellement, le quota réservé aux OBC dans l’enseignement supérieur et le service public est de 27 %. Sont concernés les Indian Institutes of Technology, qui forment les scientifiques et les ingénieurs, et les Indian Institutes of Management, qui forment des businessmen. Au total, 13 « grandes écoles » considérées comme « d’importance nationale » par le gouvernement indien. En Inde, la discrimination positive est inscrite dans la Constitution.


Selon la Cour suprême, augmenter les quotas ne favoriserait pas l’évolution du système de castes, chacun se réclamant d’une caste inférieure pour avoir accès à l’éducation supérieure. « Nulle part ailleurs dans le monde, des castes, des classes ou des communautés font la queue pour réclamer un statut inférieur. Nulle part ailleurs dans le monde on se bat pour prouver qu’on est inférieur à son voisin », écrit-elle dans son arrêté.

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(Dalits)

 

En revanche, la Cour Suprême a décidé d’augmenter les quotas réservés au Scheduled Castes (les intouchables ou Dalits) et aux Scheduled Tribes (les populations aborigènes). Ces populations sont en fait des populations hors castes, car elles n’appartiennent pas aux quatre castes millénaires du système hindou :

-    les brahmanes (prêtres, enseignants, professeurs)
-    les kshatriyas (rois, princes, administrateurs et soldats)
-    les vaisyas (artisans, commerçants, hommes d’affaires, agriculteurs)
-    les sudras (serviteurs)

Cette actualité résume le paradoxe indien. Modèle de démocratie pour les pays en voie de développement, l’Inde est l'héritière d'un système complexe de stratification sociale extrêmement rigide qui, de facto, façonne toujours la société.

Sur le sujet, lire L’avènement politique de la caste, par Christophe Jaffrelot, spécialiste du sous-continent.

 
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