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11/05/2007

L'hommage aux braves

Le premier ministre indien, Manmohan Singh, a lancé jeudi le coup d’envoi des festivités pour célébrer la « première guerre d’indépendance » contre la puissance coloniale britannique.

Il y a 150 ans, avait lieu la révolte des Cipayes, du nom des 190.000 militaires indiens servant dans l’armée de la Compagnie britannique des Indes orientales. Elle est considérée par les historiens comme la première guerre d’indépendance du sous-continent. D’autres événements suivirent jusqu’à la proclamation de l’indépendance de l’Inde le 15 août 1947.
 

Le mouvement de rébellion est déclenché les 9 et 10 mai 1857.  Les soldats indiens, membres de l’armée britannique, soupçonnent les Anglais d’utiliser de la graisse de porc ou de bœuf pour fabriquer les cartouches des fusils. Inacceptable pour les musulmans et les hindous qui doivent déchirer les munitions avec leurs dents avant de les charger dans les armes.

 

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La mutinerie éclate. Des dizaines de Cipayes massacrent des Anglais et filent vers Delhi où il attaque le Fort rouge, une bâtisse du 17ème siècle. De nombreux Européens et des Indiens chrétiens sont tués lors de l’assaut. Il faut une année entière aux Britanniques pour parvenir à mâter la rébellion, et ce, au prix d’une terrible répression, surnommée « le vent du diable » par les Indiens.

medium_manohman_small.jpgJeudi, dans son discours devant le Parlement, le premier ministre a rendu hommage aux « martyrs » de la guerre de 1857.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les rebelles se sont battus pour se libérer du joug étranger » et pour défendre « un mode de vie qu'ils craignaient menacé de destruction par les Britanniques », a-t-il déclaré, ému, avant de rappeler que « dans ce combat pour la liberté, hindous et musulmans se sont tenus côte à côte ».

 

Le symbole est d’importance dans une Inde menacée par les tensions intercommunautaires (cf. la situation du Gujarat). Le premier ministre en a bien compris la portée : « Il est de notre responsabilité de construire une Inde marquée par l'harmonie entre les communautés, par la justice sociale et l'égalité de tous quels que soient la religion, l'origine, la langue ou la caste. »

30/03/2007

La démocratie par la caste

medium_cour_suprême_small.jpgRevers pour le gouvernement indien. La Cour suprême a refusé d’augmenter le pourcentage de quotas réservés aux basses castes dans l’enseignement supérieur pour l’année scolaire à venir.

 

Les basses castes (appelées Other Backward Class - OBC) constituent 52 % de la population indienne. Actuellement, le quota réservé aux OBC dans l’enseignement supérieur et le service public est de 27 %. Sont concernés les Indian Institutes of Technology, qui forment les scientifiques et les ingénieurs, et les Indian Institutes of Management, qui forment des businessmen. Au total, 13 « grandes écoles » considérées comme « d’importance nationale » par le gouvernement indien. En Inde, la discrimination positive est inscrite dans la Constitution.


Selon la Cour suprême, augmenter les quotas ne favoriserait pas l’évolution du système de castes, chacun se réclamant d’une caste inférieure pour avoir accès à l’éducation supérieure. « Nulle part ailleurs dans le monde, des castes, des classes ou des communautés font la queue pour réclamer un statut inférieur. Nulle part ailleurs dans le monde on se bat pour prouver qu’on est inférieur à son voisin », écrit-elle dans son arrêté.

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(Dalits)

 

En revanche, la Cour Suprême a décidé d’augmenter les quotas réservés au Scheduled Castes (les intouchables ou Dalits) et aux Scheduled Tribes (les populations aborigènes). Ces populations sont en fait des populations hors castes, car elles n’appartiennent pas aux quatre castes millénaires du système hindou :

-    les brahmanes (prêtres, enseignants, professeurs)
-    les kshatriyas (rois, princes, administrateurs et soldats)
-    les vaisyas (artisans, commerçants, hommes d’affaires, agriculteurs)
-    les sudras (serviteurs)

Cette actualité résume le paradoxe indien. Modèle de démocratie pour les pays en voie de développement, l’Inde est l'héritière d'un système complexe de stratification sociale extrêmement rigide qui, de facto, façonne toujours la société.

Sur le sujet, lire L’avènement politique de la caste, par Christophe Jaffrelot, spécialiste du sous-continent.

01/03/2007

Équilibre précaire au Gujarat

medium_affiche_film_smal.jpgIl y a cinq ans, l’Etat du Gujarat connaissait de terribles émeutes anti-musulmanes. Le réalisateur Rahul Dholakia, originaire de cette région, en a fait un film, « Parzania », sorti ces jours-ci sur tous les écrans du pays.

 

 

 

 

Tous ? Non. Car le film a été interdit au Gujarat, dirigé par Narendra Modi, représentant de la ligne dure du BJP, les nationalistes hindous.

Tout commence le 27 février 2002, quand 58 personnes meurent dans l’incendie d’un train à Godhra, au Gujarat. Ce jour-là, le Sabarmati express, qui fait la route entre Ahmedabad et les villes du nord de l’Uttar Pradesh, transportait des activistes hindous, les Kar Sevaks.

Ces derniers rentrent d’un pèlerinage contesté à Ayodhya. Depuis longtemps, cette ville  cristallise les violences intercommunautaires entre hindous et musulmans. En cause ? L’emplacement de la mosquée Babur. Les hindous prétendent qu’elle se trouve sur le lieu d’un ancien temple dédié à Rama. Le 6 décembre 1992, la mosquée est détruite par les activistes hindous, entraînant une vague d'affrontements intercommunautaires.

 

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En février 2002, les extrémistes hindous accusent leur pendant musulman d’avoir commandité l'incendie du train. Il n’en faut pas plus pour déclencher un véritable pogrom anti-musulman.

 

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Entre 800 et 2.000 personnes, selon les sources, ont été tuées. 75.000 autres ont dû fuir leurs maisons.

 

 

 

 

 

 

 

Après les émeutes, la Commission nationale des droits de l’homme a mis en évidence la responsabilité de l'État du Gujarat dans le déroulement de ces violences. Plusieurs rapports de l'ONG Human Rights Watch ont également conclu à une planification des tueries antérieure à l'incendie du train. Par ailleurs, l’enquête, rendue difficile par la mauvaise volonté des autorités locales, n’a jamais permis de savoir si l’incendie était accidentel ou criminel.

Cinq ans après, le fait que le film ne soit pas sorti au Gujarat montre que l’équilibre communautaire reste fragile dans cette partie de l’Inde. « Le film rappelle que les fantômes de 2002 hantent toujours l’Etat du Gujarat et qu’ils ne seront pas exorcisés tant que les responsables du carnage seront au pouvoir », écrit le magazine Frontline cette semaine. Et de conclure : « Cinq ans après, la peur règne toujours au Gujarat. »


Sur les violences de 2002, lire l’article de Christophe Jaffrelot, spécialiste de l’Inde et directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERI).

21/02/2007

Pondichéry fête la « Mère »

21 février 1878 – 21 février 2007. Aujourd’hui, le tout Pondi fête l’anniversaire de la « Mère », compagne du philosophe bengali Sri Aurobindo et fondatrice d’Auroville, cité universelle.

 

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Concrètement, cela donne beaucoup de monde dans l’ancien quartier colonial de la ville, où l’Ashram a ses bureaux. Ils sont faciles à reconnaître : tous les bâtiments appartenant à cette communauté spirituelle sont gris.  

 

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Sous un soleil de plomb, des centaines de visiteurs, venus parfois de très loin, attendent pour voir la maison où ont vécu Sri Aurobindo et la Mère, rue de la Marine. Les disciples ont notamment rendez-vous pour le Darshan, c’est-à-dire le moment où ils seront en contact visuel avec la représentation de leur maître spirituel disparu. (Voir ce film)

 

medium_mère_small.jpgPour mieux comprendre cette ferveur, revenons un peu en arrière. Derrière le personnage mystique de la Mère, se cache Mirra Alfassa. Fille d’une Egyptienne et d’un Turc, elle est née à Paris en 1878. Très jeune, elle vit de nombreuses expériences mystiques.

 

 

 

Devenue peintre, elle se marie avec l’impressionniste Henri Morisset et passe ses soirées en compagnie de Rodin et de Gustave Moreau. En 1910, elle divorce et épouse le philosophe Paul Richard. Le jeune couple part à la découverte de l’Inde en 1914. Arrivée à Pondichéry, Mirra Alfassa tombe sous le charme de Sri Aurobindo, révolutionnaire devenu philosophe. En 1920, elle quitte tout pour le rejoindre.



medium_sri_aurobindo_small.jpgSri Aurobindo est l’un des fondateurs du mouvement militant indépendantiste indien. Son combat lui vaut une année de prison. De nouveau inquiété par les autorités britanniques, il se réfugie à Pondichéry en 1910, alors comptoir français.

 

 

 

II se consacre alors exclusivement à la méditation et à l'élaboration de sa philosophie du yoga intégral. Autour de lui s'organise un ashram, dont Mirra Alfassa, devenue entre temps la « Mère », la direction en 1926. Son but ? «Etablir une conscience de Vérité qui créera un nouvel être, l'être supramental».

 

Le 28 février 1968, la Mère fonde la communauté d'Auroville, à quelques kilomètres de Pondichéry. Elle réalise ainsi son rêve de voir un endroit dans le monde où « tous les êtres de bonne volonté, sincères dans leurs aspirations pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la vérité Suprême, un lieu de paix, de concorde et d'harmonie ». (Lire mes notes précédentes sur Auroville).

Elle meurt le 17 novembre 1973, assassinée, dit-on, par ses disciples, qui voulaient la « déifier » de son vivant…

 

Pour en savoir plus, lire cet article de The Hindu, écrit en 2003 à l'occasion du 125ème anniversaire de la Mère. 

08/02/2007

Une question de symbole

medium_swastika_small.jpgQuand on se balade en pays hindou, un symbole surprend : le svastika. Sur les temples, les statues, voire même les t-shirts en vente dans la rue : il est partout. Réaction immédiate de l’Occidental de passage : « Comment ont-ils osé utiliser ce symbole ? » (véridique). La réponse est simple : ils l’ont inventé !

 

 

Le terme « svastika » apparaît pour la première fois dans les épopées Ramayana et Mahabhara, les deux textes fondateurs de l’hindouisme et de la civilisation indienne. En sanskrit, il signifie « ce qui apporte la bonne fortune ». Il fut par la suite utilisé par les bouddhistes et les jaïnistes.

 

Dans la religion hindoue, le svastika est un symbole cosmique mettant en scène le mouvement perpétuel de rotation autour d’un point fixe, autrement dit, l’évolution de l’univers. Ainsi Ganesh, invoqué pour écarter les obstacles, est parfois représenté sur un lit de svastikas. Des significations bien éloignées de celle choisie par Hitler : le svastika, désormais croix gammée, était devenu le symbole de la supériorité de la race aryenne. Et de toutes les atrocités qui en ont découlé.

 

Fin janvier, l’Allemagne, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne, a relancé le débat sur l’interdiction de ce symbole en Europe, dans le cadre du débat sur une décision-cadre destinée à lutter contre le racisme et la xénophobie. Les communautés hindoues en Europe ont aussitôt revendiqué leur droit à utiliser le svastika lors des cérémonies religieuses.

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Le débat s’annonce ardu, voire impossible : d’un côté, la communauté hindoue, qui craint la mise à l’index du svastika dans lequel l’hindouisme voit un signe de bon augure depuis plus de 5.000 ans, de l’autre, les Européens, pour qui la croix aux quatre potences est synonyme de plus de 50 millions de morts.


« Le parti nazi a utilisé un symbole hindou et en a abusé. Ce n'est pas la faute des hindous. Une cérémonie hindoue est impossible sans le svastika », explique Ramesh Kallidai, le secrétaire général du Forum hindou pour la Grande-Bretagne qui regroupe 275 organisations, au quotidien belge Le Soir. Pour le responsable religieux, l'interdire serait « un acte discriminatoire à l'égard des hindous et des droits de l'homme ». Des associations hindoues de France, des Pays-Bas, de Belgique et d’Italie ont rejoint son combat.


L’affaire a connu un fort écho en Inde, notamment au Bengale, où Svastika est un prénom féminin répandu. « Que va-t-il arriver à ces femmes qui demanderont un visa pour un pays européen. Devront-elles changer de prénom ? », se demandait ainsi le Times of India, fin janvier. Réponse les 19 et 20 avril prochains lors de la réunion du Conseil des ministres européens de la Justice à Luxembourg.

 
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