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02/03/2007

Recherche fumeur désespérément ?

Depuis un mois, les fumeurs français n’ont plus droit à la cigarette dans les entreprises. Bientôt, les restaurants et les cafés leur seront également interdits. L’éternel débat sur l’interdiction de fumer n’a semble-t-il pas atteint l’ancien comptoir français. Dans les rues de Pondichéry, il y a peu de fumeurs, peu de mégots, peu de vendeurs de cigarettes. L’Inde aurait-elle échappé au fléau ? Pas si sûr.

 

Avec 680.000 tonnes par an, l’Inde est en effet le troisième producteur mondial de tabac, derrière la Chine et les Etats-Unis. 36 millions d’Indiens travaillent, directement ou indirectement, pour les géants de la cigarette. 

 

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Oui, mais voilà, en Inde, les bidies, gutka et autres pan masala - cigarettes roulées à la main et tabac à mastiquer - ont depuis toujours la préférence des fumeurs. Les cigarettes classiques ne représentent que 14 à 20 % de la consommation totale de tabac. Le nombre de ces cigarettes fumées par habitant par an n’est que de 141. L’un des plus faibles ratios au monde.

 

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Entre autres raisons, le coût des cigarettes classiques. En 2003, le géant Philip Morris a lancé sa Marlboro indienne. Mais à 80 roupies le paquet (1,4 euros), elle reste inaccessible pour la majorité des Indiens, dont 300 millions vivent avec moins de 2 dollars par jour.

L’Inde n’en est pas pour autant épargnée par les maladies liées au tabac. Les cigarettes « traditionnelles » sont en effet beaucoup plus chargées en nicotine et en goudron. L’Inde compte ainsi un sixième des malades du tabagisme dans le monde. Selon les chiffres du ministère indien de la Santé, 900.000 personnes meurent chaque année de maladie liées au tabac. Autre chiffre alarmant : 90% des cancers de la bouche dans le monde sont détectés en Inde.

medium_logo_natocon_small.jpg Chaque année, le gouvernement indien dépense 300 milliards de roupies (5,2 milliards d’euros) pour soigner ces maladies. De quoi donner envie de mettre le holà.

 

En 2003, les autorités indiennes ont pris plusieurs mesures draconiennes : interdiction du tabac dans les lieux publics, interdiction de toute publicité directe et de toute sponsorisation d’événements sportifs par des marques de tabac.

En 2005, le gouvernement indien a porté un nouveau coup à l’industrie du tabac, en interdisant la diffusion des films et des programmes télévisés montrant des fumeurs, des paquets de cigarettes, ou des publicités de tabac. La législation est très sévère : chaque scène où un acteur apparaît avec une cigarette doit être effacée par les chaînes de télévision. Une loi censée s’appliquer aux films indiens comme aux films étrangers, un travail de titan ! Mais les autorités indiennes ne plaisantent pas, récemment, une star de Bollywood a dû présenter des excuses publiques pour avoir posé avec un cigare sur l’affiche de son dernier film.

Le ministre indien de la Santé, le Pondichérien Anbumani Ramadoss, figure de proue de la lutte anti-tabac, ne compte pas s’arrêter là. « Le royaume du Bhoutan a été le premier pays au monde à interdire toute vente de tabac sur son territoire - en décembre 2004 -. Je crois que l’Inde devrait suivre cet exemple », a-t-il déclaré fin septembre à Bombay, lors d’une conférence de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le ministre avait-il oublié ce jour-là que le Bhoutan ne compte que 2 millions d’habitants, contre plus d’un milliard d’Indiens ?

01/03/2007

Équilibre précaire au Gujarat

medium_affiche_film_smal.jpgIl y a cinq ans, l’Etat du Gujarat connaissait de terribles émeutes anti-musulmanes. Le réalisateur Rahul Dholakia, originaire de cette région, en a fait un film, « Parzania », sorti ces jours-ci sur tous les écrans du pays.

 

 

 

 

Tous ? Non. Car le film a été interdit au Gujarat, dirigé par Narendra Modi, représentant de la ligne dure du BJP, les nationalistes hindous.

Tout commence le 27 février 2002, quand 58 personnes meurent dans l’incendie d’un train à Godhra, au Gujarat. Ce jour-là, le Sabarmati express, qui fait la route entre Ahmedabad et les villes du nord de l’Uttar Pradesh, transportait des activistes hindous, les Kar Sevaks.

Ces derniers rentrent d’un pèlerinage contesté à Ayodhya. Depuis longtemps, cette ville  cristallise les violences intercommunautaires entre hindous et musulmans. En cause ? L’emplacement de la mosquée Babur. Les hindous prétendent qu’elle se trouve sur le lieu d’un ancien temple dédié à Rama. Le 6 décembre 1992, la mosquée est détruite par les activistes hindous, entraînant une vague d'affrontements intercommunautaires.

 

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En février 2002, les extrémistes hindous accusent leur pendant musulman d’avoir commandité l'incendie du train. Il n’en faut pas plus pour déclencher un véritable pogrom anti-musulman.

 

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Entre 800 et 2.000 personnes, selon les sources, ont été tuées. 75.000 autres ont dû fuir leurs maisons.

 

 

 

 

 

 

 

Après les émeutes, la Commission nationale des droits de l’homme a mis en évidence la responsabilité de l'État du Gujarat dans le déroulement de ces violences. Plusieurs rapports de l'ONG Human Rights Watch ont également conclu à une planification des tueries antérieure à l'incendie du train. Par ailleurs, l’enquête, rendue difficile par la mauvaise volonté des autorités locales, n’a jamais permis de savoir si l’incendie était accidentel ou criminel.

Cinq ans après, le fait que le film ne soit pas sorti au Gujarat montre que l’équilibre communautaire reste fragile dans cette partie de l’Inde. « Le film rappelle que les fantômes de 2002 hantent toujours l’Etat du Gujarat et qu’ils ne seront pas exorcisés tant que les responsables du carnage seront au pouvoir », écrit le magazine Frontline cette semaine. Et de conclure : « Cinq ans après, la peur règne toujours au Gujarat. »


Sur les violences de 2002, lire l’article de Christophe Jaffrelot, spécialiste de l’Inde et directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERI).

28/02/2007

Sale temps pour les indigènes

medium_carte_andaman_small.jpgAndaman. Archipel indien situé dans le Golfe du Bengale, à 200 km au sud des côtes birmanes. Sur l’une des 204 îles qui composent l’archipel, vit la tribu Jarawa. 270 personnes au total, aujourd’hui menacées de disparition.

 

 

 

 

 

 

Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a examiné vendredi 23 février le cas de cette tribu de chasseurs-cueilleurs. Rien a filtré de cette réunion.

 

Depuis plusieurs années, l’ONG Survival International, qui défend les droits des peuples indigènes à travers le monde, fait pression sur les autorités indiennes pour protéger cette tribu, dont les plus proches parents sont vraisemblablement originaires d’Afrique.

 

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(Crédit/Survival International) 

 

En 2001, Survival International a remporté une première victoire. Le gouvernement indien a en effet abandonné le programme de sédentarisation de cette population dans des villages dits « gouvernementaux ». Ce programme, lancé en 1991, s’était révélé fatal à ces populations isolées. Avec sédentarisation riment changement brutal du mode de vie, destruction de l'identité et perte des liens sociaux. La dépendance forcée entraîne alors dépression et alcoolisme chez les survivants.

 

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 (Crédit/Survival International)

 

Mais cela n’a pas suffit. Aujourd’hui, l’association évoque la probable disparition des 270 derniers Jarawas « si le gouvernement indien ne prend pas des mesures de protection immédiates ».

En cause notamment, l’élargissement d’une route qui traverse leur territoire, route que la Cour suprême indienne a pourtant ordonné de fermer en 2002.  Mais les impératifs économiques de l’archipel ont pris le dessus : sur cette route, circulent en effet de nombreux touristes et autres chasseurs, attirés par le gibier local. Problème : ces allers-retours incessants exposent les Jarawas à des maladies contre lesquelles ils ne sont pas immunisés. Ainsi, rapporte Survival International, la tribu a récemment été victime de deux épidémies mortelles de rougeole.


Le 9 août dernier, les Nations unies ont lancé depuis New York un slogan, à l’occasion de la journée internationale des peuples autochtones : « Nous ne sommes pas arriérés, notre mode de vie est aussi avancé que le vôtre. » Un message qui n’est semble-t-il pas arrivé jusqu’en Inde.


Sur le sujet, lire ce rapport de la Commission Internationale pour les droits des peuples indigènes.

27/02/2007

Apprendre à tricher, tout un art !

medium_mumbai_universite_small.jpg« Ne jamais avouer. Je répète, ne jamais avouer. Si vous êtes repéré, avalez les notes. Si vous êtes attrapé la main dans le sac, accusez votre voisin ». Ces conseils ne sont pas extraits du tout dernier manuel pour apprenti espion, mais d’un cours intitulé « Apprendre à tricher sans se faire attraper ».

 

 

(Université de Mumbai)

La scène se passe dans un amphithéâtre de Mumbai, capitale économique de l’Inde. Sur les bancs, des centaines de jeunes indiens qui se préparent à passer le difficile certificat de fin d’études (Secondary School Certificate).

L’affaire, qui fait grand bruit, a été révélée par le Times of India, et relayée sur le site de l’influent blogueur-journaliste, Amit Varma. Pour déjouer les contrôles, ces classes d’un nouveau genre ne s’affichent pas comme telles. « On m’a dit que c’était un cours pour apprendre à se préparer avant l’examen. Mais au bout d’un moment, on nous a appris comment copier sans risque et comment s’en sortir si on était attrapé », témoigne un étudiant dans les colonnes du quotidien.

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« Après les instructions basiques telles que 'arrivez le jour de l’examen avec vos crayons bien taillés', le professeur a dit : 'Si vous êtes trop stressés, copiez. Vous pouvez avoir des notes sur vous, ou même, dans les cas les plus désespérés, vos cours en entier' », raconte cette autre jeune fille. Et le professeur de poursuivre ses conseils pour faire disparaître l’objet du délit : « Chez vous, entraînez vous à avaler rapidement vos notes. » Quant à savoir où les cacher, il conseille les chaussettes ou la chemise pour les garçons, les cuisses pour les filles. Autre conseil plein de bon sens : « Vous pouvez copier sur votre voisin. Si le surveillant vous surprend, accusez votre voisin ! » Enfin, dernier enseignement : apprendre à se débarrasser de la culpabilité qui accompagne souvent la tricherie.

 

Interrogé par le Times of India, Jagdish Walawalkar, le président de l’association des professeurs du Maharashtra, a fermement condamné ces pratiques, expliquant que chaque profession avait ses « brebis galeuses ». « C’est un acte honteux, les coupables doivent être punis », a-t-il ajouté.

 

Mais les « brebis galeuses » ne semblent être que la partie émergée de l’iceberg. En Inde, les étudiants subissent une forte pression familiale. Objectif ? Réussir à tout prix. Un objectif d’autant plus difficile que l’essentiel de l’apprentissage repose sur le par cœur. Angoissés, fatigués, les étudiants ont de plus en plus recours à des méthodes peu communes (médicaments, etc). Une manière de signifier leur ras-le-bol ?

10:45 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (4)

26/02/2007

L’Inde a honte de ses jeunes mariées

medium_mariage_small.jpgMariées avant l’âge légal. Selon une étude menée par 18 organismes de recherche*, 45 % des femmes indiennes, âgées entre 20 et 24 ans, ont été mariées avant leur 18ème anniversaire. « Une maladie sociale qui fait honte à l’Inde », écrit le Times of India.

 

 

« Le pire, poursuit le quotidien, est que ce chiffre dépasse 50 % dans certains Etats. » Ainsi : 61 % dans l’Etat de Jharkhand, 60 % dans le Bihar, 57 % au Rajasthan, 55 % en Andra Pradesh, 53 % au Madhya Pradesh, Uttar Pradesh et West Bengal, et enfin 52 % dans l’Etat de Chhattisgarh. Une tendance récente étant donné que les femmes interrogées avaient entre 20 et 24 ans.

  

L’étude révèle une autre évolution inquiétante. Dans six Etats, (Arunachal Pradesh, Punjab, Mizoram, Sikkim, Tripura et West Bengal), le taux de femmes mariées avant l’âge de 18 ans a augmenté par rapport à l’enquête précédente, datant de 1998-1999. Dans ces Etats, de plus en plus de femmes sont mariées à 15 ans. « Cela montre que le Child Marriage Restraint Act - voté en 1976 et destiné à réduire les mariages d’enfants -  n’est pas appliqué dans plusieurs Etats », estime un expert qui a participé à l’enquête.

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L’Inde rurale est notamment montrée du doigt. 52,5 % des mariages en dessous de 18 ans ont en effet lieu dans des zones rurales. Un chiffre qui tombe à 28,1 % dans les grandes villes du pays.

En cause ? « Le manque d’éducation ». Plus de 71 % des femmes concernées n’ont en effet pas eu accès au système éducatif. Quant au 30 % restant, ce mariage précoce les empêche souvent de poursuivre des études supérieures.

Dimanche, Cynthia Pandian, la vice-présidente de l’université de Manonmaniam Sundaranar, dans le Tamil Nadu, a lancé un signal d’alarme. « Dans un monde globalisé, il est devenu impératif pour les femmes d’avoir accès à l’éducation supérieure pour acquérir un savoir technique et ainsi améliorer leur employabilité », a-t-elle expliqué. Aujourd’hui, seules 7% des femmes poursuivent leurs études supérieures en Inde. Si le statu quo perdure, ce chiffre ne sera que de 30 % en 2020. Un scénario qui pourrait peser sur la croissance indienne étant donné que la jeunesse du pays représente 70 % de la population.

Sur la situation des femmes en Inde, lire ce rapport de l’OCDE.

*Enquête menée dans 29 Etats en 2005-2006. 124.395 femmes âgées de 20 à 24 ans ont été interrogées.

23/02/2007

Le «mouvement anti-Wal-Mart» prend de l’ampleur

medium_walmart_logo_small.jpgDehli, Mumbai, Bangalore. Jeudi, plusieurs grandes villes indiennes ont vu défilé dans leurs rues le « mouvement anti-Wal-Mart », alors que des responsables du géant américain de la grande distribution étaient en visite dans la capitale indienne.

 

À l’origine de la polémique, la décision du groupe indien Bharti Enterprise, à la tête de la première entreprise téléphonique du pays, de lancer une chaîne de supermarchés en collaboration avec Wal-Mart. L’objectif est clair : la classe moyenne indienne et ses 300 milliards de dollars qu’elle dépense chaque année dans la grande distribution. Un chiffre qui devrait doubler d’ici 2015.

 

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Mais la décision a provoqué des remous. En tête des manifestations de jeudi, le parti communiste indien, accompagné de plusieurs syndicats et autres organisations sociales, à l’image du All-India Forward Bloc et de la National Alliance of Street Vendors of India. Ils dénoncent une décision qui contourne la législation en vigueur sur les investissements étrangers et demande un renforcement de celle-ci.


En matière de grande distribution, la loi indienne est très contraignante : ne sont autorisés que les investissements étrangers qui concernent une seule marque. Seule possibilité pour les firmes étrangères : passer des accords de franchise avec des sociétés indiennes. Bharti et Wal-Mart se sont donc engouffrés dans la brèche.


Les syndicats redoutent également la faillite des petits commerçants, la fuite des capitaux à l’étranger et les pratiques peu éthiques du géant américain. Des inquiétudes relayées par la presse indienne. « L’arrivée de la chaîne va chasser les petits marchands », écrit ainsi The Hindu dans son édition de vendredi. Et de poursuivre : « Le gouvernement doit examiner l’impact sur les commerçants et mettre des gardes fous pour protéger les petits entrepreneurs. » Avec 12 millions de petits commerces en Inde, employant plus de 40 millions de personnes, l'enjeu est de taille.


Sur les pratiques peu éthiques du géant américain, voir le film «Wal-Mart, the high cost of low price».

22/02/2007

Le Tamil Nadu, base arrière des Tigres ?

medium_map_small.jpgChaque année, à l’approche du 22 février, le même scénario se reproduit sur les côtes du Tamil Nadu. Des réfugiés tamouls sri-lankais débarquent par dizaines.

 

 

 

Depuis le début de la semaine, une centaine de personnes ont ainsi été secourues en pleine mer par la marine indienne.

Le 22 février au Sri Lanka n’est pas un jour comme les autres. C’est la date anniversaire du cessez-le-feu signé en 2002 entre le gouvernement sri-lankais et la guérilla séparatiste des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul (LTTE). Un cessez-le-feu maintes fois violé par les deux parties.


Dans son édition de jeudi, le Deccan Chronicle raconte la peur des populations tamoules du Sri Lanka à l’approche de cette date fatidique, craignant qu’elle ne soit l’occasion d’une déclaration de guerre, de la part de l’une ou l’autre partie. « Chaque 22 février, les gens ont la fausse impression que le cessez-le-feu va être rompu. Que pouvons-nous faire face à ce genre de rumeur ? », s’interroge ainsi un diplomate sri-lankais dans les colonnes du quotidien. Brisés par la guerre, les Tamouls sri-lankais tiennent en effet à ce cessez-le-feu, si fragile soit-il. Depuis le début du conflit, près de 60.000 civils ont été tués. Un million de personnes a été déplacé.



medium_logo_tigres_small.jpg L’histoire commence en 1971, quand la population tamoule, fatiguée par la domination cinghalaise sur l’île, décide de se révolter. Bientôt les LTTE se forment et réclament la création d’un Etat indépendant, l’Eelam Tamoul, à l’Est et au Nord de l’île. Mais peu à peu, le soutien de la population s’effrite.

 

 

 

Et ce d’autant plus que les Tigres recrutent de force la jeunesse tamoule. Aux attentats meurtriers perpétrés par les LTTE répondent les attaques aveugles de l’armée régulière.

Face à cette situation dramatique, beaucoup choisissent l’exil. Chaque mois, des dizaines de Tamoul prennent place à bord d’embarcations de fortune, à destination des côtes indiennes du Tamil Nadu. L’Etat indien a mis en place 133 camps de réfugiés, comme celui de Muddiarkuppam, à une centaine de kilomètres au sud de Chennai, où sont entassés 4.000 personnes. Au total, il y a près de 200.000 réfugiés sri-lankais au Tamil Nadu.

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Mais depuis le début des années 1990, la police indienne surveille de près les nouveaux arrivants. Le souvenir de l’assassinat du premier ministre indien, Rajiv Gandhi, par une kamikaze tamoule en 1991 est tenace. Depuis, l’Inde a inscrit le mouvement séparatiste sur sa liste noire du terrorisme international.
 

Ces derniers jours, la tension s’est renforcée sur les côtes indiennes. La semaine dernière, la marine indienne a saisi un bateau chargé d’explosifs, appartenant aux LTTE. Le Tamil Nadu craint de plus en plus que son territoire ne serve de base arrière aux Tigres, notamment pour la fabrication de matériel ou d’armes. Certains experts estiment qu’environ 15 bateaux-suicide se trouvent actuellement dans les eaux séparant l’Inde du Sri Lanka. Jeudi, le niveau d’alerte sur les côtes du Tamil Nadu est passé au rouge.

21/02/2007

Pondichéry fête la « Mère »

21 février 1878 – 21 février 2007. Aujourd’hui, le tout Pondi fête l’anniversaire de la « Mère », compagne du philosophe bengali Sri Aurobindo et fondatrice d’Auroville, cité universelle.

 

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Concrètement, cela donne beaucoup de monde dans l’ancien quartier colonial de la ville, où l’Ashram a ses bureaux. Ils sont faciles à reconnaître : tous les bâtiments appartenant à cette communauté spirituelle sont gris.  

 

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Sous un soleil de plomb, des centaines de visiteurs, venus parfois de très loin, attendent pour voir la maison où ont vécu Sri Aurobindo et la Mère, rue de la Marine. Les disciples ont notamment rendez-vous pour le Darshan, c’est-à-dire le moment où ils seront en contact visuel avec la représentation de leur maître spirituel disparu. (Voir ce film)

 

medium_mère_small.jpgPour mieux comprendre cette ferveur, revenons un peu en arrière. Derrière le personnage mystique de la Mère, se cache Mirra Alfassa. Fille d’une Egyptienne et d’un Turc, elle est née à Paris en 1878. Très jeune, elle vit de nombreuses expériences mystiques.

 

 

 

Devenue peintre, elle se marie avec l’impressionniste Henri Morisset et passe ses soirées en compagnie de Rodin et de Gustave Moreau. En 1910, elle divorce et épouse le philosophe Paul Richard. Le jeune couple part à la découverte de l’Inde en 1914. Arrivée à Pondichéry, Mirra Alfassa tombe sous le charme de Sri Aurobindo, révolutionnaire devenu philosophe. En 1920, elle quitte tout pour le rejoindre.



medium_sri_aurobindo_small.jpgSri Aurobindo est l’un des fondateurs du mouvement militant indépendantiste indien. Son combat lui vaut une année de prison. De nouveau inquiété par les autorités britanniques, il se réfugie à Pondichéry en 1910, alors comptoir français.

 

 

 

II se consacre alors exclusivement à la méditation et à l'élaboration de sa philosophie du yoga intégral. Autour de lui s'organise un ashram, dont Mirra Alfassa, devenue entre temps la « Mère », la direction en 1926. Son but ? «Etablir une conscience de Vérité qui créera un nouvel être, l'être supramental».

 

Le 28 février 1968, la Mère fonde la communauté d'Auroville, à quelques kilomètres de Pondichéry. Elle réalise ainsi son rêve de voir un endroit dans le monde où « tous les êtres de bonne volonté, sincères dans leurs aspirations pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la vérité Suprême, un lieu de paix, de concorde et d'harmonie ». (Lire mes notes précédentes sur Auroville).

Elle meurt le 17 novembre 1973, assassinée, dit-on, par ses disciples, qui voulaient la « déifier » de son vivant…

 

Pour en savoir plus, lire cet article de The Hindu, écrit en 2003 à l'occasion du 125ème anniversaire de la Mère. 

20/02/2007

68 morts à bord du Dehli-Attari (II)

Mardi 20 février. En « une » de tous les journaux indiens : l’attentat de dimanche soir et ses 68 victimes. Difficile faire l’impasse sur ce blog. Et ce d’autant plus que les réactions à cet attentat sont plutôt d’un genre nouveau.

Les responsables indiens et pakistanais semblent en effet faire front commun contre le terrorisme. « Il y a à peine un an, cette rencontre aurait abouti à l’arrêt du processus de paix entre les deux pays », écrit le Deccan Chronicle, désormais, les négociations survivent à la terreur. » Ainsi, la rencontre prévue mercredi entre les ministres indien et pakistanais des Affaires étrangères n’a pas été annulée. Le quotidien du sud indien souligne le caractère inhabituel de cette « réaction spontanée de rejet du terrorisme » par les deux parties et l’impute à « une colère commune contre ces criminels qui ont tué des innocents », à la fois Indiens et Pakistanais.

 

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(À gauche, le haut commissaire pakistanais, Shahid Malik, avec le ministre indien des Chemins de Fer, Lalu Prasad Yadav. (Photo AP)

 

Pour une fois, insiste encore le journal, le premier ministre indien, Manmohan Singh, et le président pakistanais, Pervez Musharraf, n’ont pas opté pour la facilité, à savoir, désigner le camp d’en face. « Hindous et Musulmans, Indiens et Pakistanais, des deux côtés nous savons qu’il y a des gens qui veulent arrêter le processus de paix entre nos deux pays. Nous ne devons pas leur laisser la possibilité de le faire», a déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Khursheed Mehmood Kasuri. « Nous ne les laisserons pas saboter le processus de paix », a renchéri le général Musharraf, dans les colonnes du journal pakistanais Dawn.

Toutefois, dans la presse pakistanaise, les extrémistes hindous sont montrés du doigt, en raison notamment du nombre de Pakistanais morts dans l’explosion. (Lire l’article de The Nation).


Sur le terrain, l’enquête avance. Le ministre des chemins de fer, Lalu Prasad Yadav, a annoncé l’arrestation d’une personne. Des témoins ont raconté avoir vu cet homme, en compagnie d’un autre, dans l’un des deux wagons visés, et ce, peu avant l’explosion. Selon ces témoins, les deux hommes avaient « une attitude louche ». Aucun indice n’a pour l’instant permis à la police de retrouver la trace du deuxième suspect.

 

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(Photo Reuters)

 

Dans la région, la sécurité a été renforcée. Le Thar Express, qui effectue la liaison entre Munabao au Rajasthan et la gare de Khokharapar, dans la province pakistanaise de Sindh, a été placé sous étroite surveillance. Lalu Prasad a en effet reconnu lundi un défaut de sécurité en gare de Dehli. « Il y a des détecteurs de métaux mais pas d’équipements pour contrôler ce qu’il y a l’intérieur des bagages », a-t-il déclaré. Le ministre de l’Union, Naranbhai Rathva, a quant à lui annoncé le versement de 1.000.000 de roupies - 17.216 euros - aux familles des victimes, et 50.000 roupies - 858 euros - aux blessés. Les victimes Pakistanaises recevront la même indemnité.


N
ote d’espoir dans la catastrophe, cette histoire à la une du Deccan Chronicle. Dimanche soir, Syed Mohammad Siddiq, sa femme et ses trois enfants, se rendaient en taxi à la gare de Dehli, pour embarquer à bord du Samjhauta Express. Impatients de retrouver leurs proches au Pakistan, ils ont demandé au chauffeur d’accélérer la cadence. Mais la voiture est tombée en panne d’essence. À quelques minutes près, la famille a raté le train. «C’est le destin. Dieu a voulu sauver ma famille de la mort», a déclaré Syed Mohammad Siddiq. « Nécessairement, le hasard a beaucoup de pouvoir sur nous, puisque c'est par hasard que nous vivons », écrivait Sénèque.

 

Plus d'infos :

Chronologie des principaux attentats dans les trains indiens. 

Reportage sur les lieux du drame. 

19/02/2007

68 morts à bord du Dehli-Attari

medium_map_small.JPGIl était près de minuit dimanche soir quand une explosion s’est produite à bord du Dehli-Attari, près de Panipat, à une centaine de kilomètres de Dehli. Au moins 68 personnes ont été tuées et 50 autres blessées.

 

 

 

 

« Une boule de feu a traversé le wagon alors que nous étions endormis », se souvient l'un des passagers. « Au début, nous n’avons pas compris ce qu’il se passait », raconte un autre. « Ensuite, nous sommes sortis et nous avons vu que les deux wagons derrière nous étaient en feu. Nous avons paniqué et nous avons couru loin du train », explique-t-il. D’autres ont sauté du train en marche.

 

Les passagers se rendaient à Attari, près d'Amritsar, d'où ils peuvent emprunter le Samjhauta Express - littéralement, "L'Express de l'amitié" -, qui effectue deux fois par semaine la liaison entre l'Inde et le Pakistan. Plusieurs Pakistanais figurent donc parmi les victimes. 

 

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Le ministre des Chemins de Fer, Lalu Prasad, s’est aussitôt rendu sur les lieux du drame. Lundi matin, il a précisé que deux valises bourrées d’explosifs avaient été retrouvées sur place. Pour Lalu Prasad, il s’agit d’une tentative pour « empêcher l’amélioration des relations entre l’Inde et le Pakistan ». Cette explosion survient en effet à la veille d'une rencontre importante entre les ministres indien et pakistanais des Affaires étrangères en Inde. 

 

Interrogé sur l’éventuelle implication des services secrets pakistanais (ISI), il a déclaré : « Quels que soient les coupables, ils seront attrapés et punis. » Même son de cloche du côté du premier ministre, Manmohan Singh : « Les responsables de cette explosion seront arrêtés », a-t-il promis lundi matin. Montré du doigt, le Pakistan a également condamné l'attaque.

 

Depuis son ouverture en juillet 1976, la ligne de chemin de fer Inde-Pakistan, via le Samjhauta Express, est victime des mauvaises relations entre les deux pays. La liaison avait ainsi été suspendue début 2002 après l’attentat contre le Parlement indien en décembre 2001, imputé par Dehli aux militants pakistanais. Le trafic n’avait repris qu’en janvier 2004.

 

Voir le flash sur IBN TV.

Voir les photos de la catastrophe

Sur les relations indo-pakistanaises, lire "Inde-Pakistan, un demi-siècle d'affrontements", à la Documentation française.

 
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